Les jardins de Le Nôtre / 78 / Versailles

André Le Nôtre fête ses 400 ans de naissance.

A l’occasion du 400ème anniversaire de la naissance d’André Le Nôtre, petit retour sur ses fabuleuses inventions verdoyantes et son génie. Inspiré de l’émission des Racines et des Ailes diffusée le mercredi 23 octobre 2013. Au sommaire de cet article : quelques lignes retraçant l’implication de Le Nôtre à Versailles / Le monde des fontainiers / Un oublié de Versailles : le Grand Trianon.

André Le Nôtre réalise ici un véritable tapis de verdure sur près de 90 hectares de jardins. Pour Le Nôtre, « la nature est instable, désordonnée, l’homme est là pour la maîtriser, pour la dompter et lui redonner de l’ordre ». En plein cœur de Versailles Grand Parc, soit près de 800 hectares en tout, l’on peut noter la symétrie des allées. A chaque extrémité d’allée, une surprise, comme par exemple au bout de la grande allée et du Grand Canal, où nous pouvons trouver la Grande Etoile qui termine le jardin de Le Nôtre. Cette étoile est aussi grande que la place de l’Etoile à Paris. Cette grande allée possède les mêmes proportions que les Champs Elysées : la même largeur que le Grand canal, et la même orientation Est-Ouest. Concernant la place de l’Etoile, elle possède douze branches, correspondant aux 12 plus grandes victoires napoléoniennes.

Revenons à Versailles. Ici, dans les jardins, tout est jeux d’eau. Ce défi technique d’installation de fontaines est sans précédent au XVIIe siècle. Les différents bassins de ce gigantesque jardin sont en perpétuel rénovation. A l’instar du bassin de Latone qui est en cours de restauration. Au centre de ce bassin, au pied de la sculpture, grenouilles, lézards et tortues crachent de l’eau dans un tourbillon inlassable. Le travail des fontainiers est alors très important. Véritables ouvriers de l’ombre, qui permettent à Versailles de jaillir hors de terre, ils entretiennent tuyaux et réservoirs souterrains, sous les allées du jardin de Versailles. Ce dispositif hydraulique reste celui d’origine, du XVIIe siècle. On trouve encore les soudures de l’époque, des soudures à la louche, et sur les tuyaux, il y a l’incrustation de fleur de lys sur chaque pièce de plomb afin d’identifier le propriétaire : le roi de France.

Les jardins. Les jardins de Versailles possèdent en tout 16 bosquets dont 9 ont été dessinés par André Le Nôtre. Dès lors se déroulent au château de Versailles le spectacle des Grandes Eaux musicales du château.  C’est ce qui donne autant de cachet à ce palais. Au-delà de la bâtisse elle-même, les jardins sont naturellement l’œuvre majeure de Versailles. Le château lui-même, si je peux me permettre cette analyse personnelle, m’a même déçu. Possédant une réputation à travers le monde, ce château ne m’a pas ému plus que ça malgré la grandeur et la beauté du site ! – Pour ma part je préfère les châteaux de la Loire – . Malgré tout, la chapelle et la Galerie des Glaces subjuguent de par leurs proportions, leurs dispositions et leurs décorations. Et ça on ne peut pas le renier ! Pour en revenir aux jardins, ici c’est l’enchantement. Au détour d’un bosquet, d’une allée, entre Grand Canal et Château, des dizaines de fontaines sont à découvrir. Toutes uniques en leurs genres, sculptées, gravées, décorées, peintes, le roi-soleil voulait véritablement une multitude de bassins différents. Même le jardin pourrait s’apparenter à un deuxième château. Ici on retrouve une sorte de grande Galerie à ciel ouvert : le Grand Canal et ses multiples statues de chaque côté ; une salle de bal, des salons privés …. Les jardins restent incontournables.

A l’intérieur. La galerie des Glaces reste la pièce  maîtresse du château. Ici, le jeu de miroirs sur les murs permet alors le reflet de la lumière et des jardins de Le Nôtre depuis l’intérieur du château. Une perspective sur l’étendue de l’œuvre du célèbre jardinier est offerte depuis les fenêtres de cette galerie.

Encart anecdote. Le Nôtre se révèle être un grand collectionneur, un érudit des arts. Aimant tellement son roi, il va même lui faire don d’une partie de sa collection privée (aujourd’hui sauvegardée dans les plus grands musées du monde, comme Le Louvre) : on comptait des tableaux de Nicolas Poussin ainsi que des Bruegel. D’ailleurs, la personnalité de Le Nôtre ne s’arrête pas là. En plus de son œuvre à Versailles, il a dirigé des chantiers de verdures dans d’autres sites prestigieux. Lors d’un petit détour sur le site de Saint-Germain en Laye, nous trouvons un autre aménagement du grand Jardinier. La gigantesque terrasse de 30 mètres de largeur et de 2,5 km de longueur, s’apparente à une piste d’atterrissage. Certains parlent qu’on pourrait actuellement y faire atterrir un « gros porteur ». 50 000m3 de pierre de taille en calcaire ont été nécessaire pour ce chantier. Ici cette terrasse ne sert pas pour admirer les jardins de Saint-Germain en Laye, mais pour dominer son royaume depuis une sorte de belvédère géant. De nos jours, depuis ce balcon version XL nous pouvons admirer les tours de la Défense à Paris. LA carrière de pierre qui a été exploitée pour construire cette terrasse se trouve en dessous de cette dernière, où de nombreuses cavités ont été creusées afin d’y extraire le calcaire nécessaire à cette construction.

Dans le Parc de Sceaux, Le Nôtre a été l’instigateur des jardins. Longtemps disparus, ils se révèlent aujourd’hui grâce à une restauration colossale qui remet l’art de Le Nôtre au cœur de ce parc. Domaine de Colbert, le château et le parc de Sceaux possédaient d’étranges arabesques végétales. Comme une sorte de peintre, le jardinier exerce son talent afin de créer de véritables broderies à base de buis et de décorations minérales. Les jardins et les parterres possèdent 45 000 buis taillés et 250 ifs. Le chantier de restauration vient tout juste de s’achever, et chaque visiteur peut retrouver ici tout le génie de cet homme.

Le Grand Trianon. En plein cœur du domaine de Versailles, se cache un trésor longtemps oublié : le Grand Trianon. Construit en 1687 par Mansard, ce palais ne possède pas d’étage. Tout de plein pied, il possède un fabuleux péristyle ouvrant sa perspective sur la nature environnante et ses jardins exotiques. Une sorte de transparence portée par les 22 colonnes monolithiques supportant ce péristyle. Quel est l’utilité d’un tel palais à deux pas du grand château de Versailles.

Il faut savoir que le Grand Trianon a été habité successivement par des reines de France, des favorites des rois de France, des rois de France eux-mêmes ainsi que des hauts dignitaires étrangers. Sous Louis XV, Marie leszczynska, fille du roi de Pologne. Quelques années plus tard Madame de Pompadour demandera au roi de France de récupérer le Grand Trianon. Louis XVI, successeur de Louis XV, y vivra un drame en perdant une de ses filles dans ce palais. Dès lors il n’y résidera plus. Le Grand Trianon tombe en désuétude en 1789 avant de retrouver une certaine gloire sous Napoléon qui décide de s’installer dans cette bâtisse. (le Grand Trianon est appelé « le pavillon de Printemps). Napoléon fait des aménagements moderne : on y trouve une vraie salle de bain, ce qui était rare pour l’époque, avec une baignoire ainsi qu’une « chaise d’affaires » en acajou, ancêtre des WCs. Puis plusieurs décennies plus tard, c’est au tour de Louis-Philippe de faire revivre ce palais. En 1920, après la première guerre mondiale, on signe la paix avec la Hongrie dans le Grand Trianon. A partir de la Vème République, le Grand Trianon devient le logement des hauts dignitaires étrangers de passage en France. De Gaulle et Kennedy y déjeunent. Après une période de restauration complète en 1966, c’est l’inauguration de ce Grand Trianon. En 1969, Nixon rencontre De Gaulle au sujet d’une longue discussion sur l’avenir du Vietnam. 1972 : Pompidou y reçoit la Reine d’Angleterre. Quelques années plus tard Valéry Giscard d’Estaing reçoit le Shah d’Iran ; et en 1992, c’est François Mitterrand y reçoit Boris Eltsine. Depuis cette date, plus personne n’entre dans ce palais. Aujourd’hui les chambres et les nombreux aménagements ont disparu. Le mobilier d’époque a été rapatrié pour mieux donner le cachet de l’Ancien Régime au Grand Trianon.

Ici, les jardins de Le Nôtre restent une œuvre d’art où le génie du Jardinier procure un véritable écrin de verdure au château de Versailles.

Johnatan Savarit

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