Jacquemart-André, un sacré duo de collectionneurs

Niché dans les quartiers du 8e arrondissement de Paris, sur le fameux boulevard Haussmann, le Musée Jacquemart-André est une pépite culturelle et historique. Rentrez dans un univers rarement préservé, un hôtel particulier reflétant à la fois la société bourgeoise du XIXe siècle et la vie des collectionneurs de l’époque. Entre architecture des différentes pièces, les collections et la décoration préservée, le visiteur est ébloui par ce lieu si singulier. Une expérience appréciable et réellement hors du temps. Suivez-nous lors de cette présentation virtuelle.

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Façade arrière de l’hôtel particulier Jacquemart-André

Les Jacquemart-André … mais qui sont-ils ? Un bond dans le temps s’impose, quelques 200 ans en arrière ; un vrai voyage à la découverte des racines de la famille au tout début du XIXe siècle. Issus d’une des plus importantes familles protestantes, la famille André s’est établie dans plusieurs villes comme Nîmes, Gênes ou encore Genève, pour y faire des affaires. Voyant sa fortune s’effondrée, Dominique André s’associe à François Cottier pour redorer sa notoriété. Les deux familles vont même jusqu’à resserrer leurs liens en organisant le mariage du troisième fils de Dominique – Ernest – avec la fille de François – Mathilde Cottier. Edouard, étant le seul fils de cette union, va alors hériter d’un patrimoine sans précédent. Edouard s’installe alors, dans les années 1860, dans les nouveaux quartiers de Paris situés sur l’ancienne commune de Monceau. Lors des nombreux bouleversements exercés par le baron Haussmann, des trouées sont réalisées, des quartiers anciens détruits … le point de départ pour la construction de nombreux hôtels particuliers pour l’élite impériale de l’époque. Ces constructions sont là pour  montrer de manière ostentatoire ses richesses aux nombreux passants, se promenant alors sur le boulevard Haussmann. C’est dans ce contexte qu’Edouard André va commencer sa collection d’objets et d’oeuvres d’art, considérés à l’époque comme étant de simples « bibelots sans intérêt ». Il va alors collectionner des peintures paysages et scènes de genre réalisées par Delacroix, les peintres de l’école de Barbizon ou encore des peintres orientalistes. En marge des toiles, le collectionneur entreprend de rassembler des miniatures, de la céramique, des tapisseries, des orfèvreries et des objets venant de différentes civilisations comme égyptienne par exemple.

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Exemple de tapisserie

La construction de l’hôtel particulier. En 1869, Edouard débute la construction de son hôtel particulier, projet confié à l’architecte Henri Parent. 7 ans ont été nécessaires à l’édification de l’imposante demeure. Pour l’anecdote, Henri Parent avait été écarté du projet de l’Opéra Garnier. Il prend ici sa revanche et se surpassera. L’hôtel est légèrement en retrait du boulevard, créant un décoché par rapport aux autres hôtels, attirant l’oeil du passant.

Une rencontre providentielle. Edouard, souhaitant faire réaliser son portrait, fait appel à une portraitiste, Nélie Jacquemart ; une rencontre providentielle, un tournant sentimental dans la vie de notre collectionneur. Ils se marient en 1881, malgré le fait qu’ils soient issus de milieux diamétralement opposés : lui un protestant soutenant le régime bonapartiste ; elle, catholique royaliste. Pourtant, ils vont vivre 13 années de bonheur, se consacrant totalement à leur collection. Au travers leurs nombreux voyages en Italie et au Proche-Orient, ils acquièrent toujours plus d’objets qu’il faut placer ensuite dans leur demeure parisienne. Des aménagements sont sans cesse exécutés afin de poser boiseries, tapisseries, tableaux, fresques, objets et plafonds. Des pièces parfois très volumineuses.

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Fresque De Tiepolo – Henri III à la villa Contarini – 1745

Quelle collection ! Avec le décès de son époux, Nélie se retrouve seule à gérer ce patrimoine. Elle est même accusée de détournement d’héritage par les cousins d’Edouard qui la traîne en justice afin de récupérer les collections de ce dernier. Après un procès qui a fait grand bruit, elle obtient gain de cause. Elle continue à voyager jusqu’en Inde pour acheter de nouveaux objets d’art. En 1912, elle meurt à son tour, léguant ainsi l’hôtel particulier et sa collection à l’Institut de France, conditionnant ce legs à l’ouverture au public le plus large. En 1913, et en présence du Président de la République, Raymond Poincaré, le musée ouvre officiellement ses portes.

2019, quelle visite ! En tout honnêteté, la visite nous a ébloui. Pas une fausse note. De l’accueil à l’architecture, des collections à la médiation, tout était au rendez-vous. Ce qui nous a conquis c’est  le cadre : un musée dans un hôtel particulier où transpire encore la vie des Jacquemart-André. Une vraie immersion en plein XIXe siècle attend chaque visiteur.

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On a particulièrement aimé les boiseries, les plafonds, les objets égyptiens, l’aménagement intérieur où des cloisons peuvent totalement disparaître afin de moduler les espaces d’accueil du rez-de-chaussée. Un côté cabinet de curiosité à ce musée unique, donnant un aspect humain à l’ensemble du monument. Dans le jardin d’hiver, un spot « photo » où nous avons trouvé plusieurs accessoires et costumes, nous a permis de nous prendre pour un tableau humain. Un lieu sensationnel, un régal pour tous les amoureux d’art.

Johnatan Savarit

Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. Bussières dit :

    Merci pour ce nouvel article qui offre une découverte fort éclairante sur un lieu en effet superbe! vivement le suivant…!!

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