Bien visiter un musée en 26 points

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c- Charte mom’art

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Les yeux du musée :

« Les gardiens de musée retrouvent ceux qui se sont perdus, guident ceux qui sont désorientés et épargnent aux tout-petits des collisions avec les sculptures » David Wallis – journaliste américain.

Il faut aux gardiens la vigilance d’un agent de police et la patience d’un instituteur de maternelle. Pourtant les gardiens méritent le plus grand respect. D’ailleurs certains possèdent de véritables connaissances artistiques. Tel était le cas pour les peintres Jackson Pollock et Sol Lewitt qui étaient d’anciens gardiens de musée. L’expérience et la connaissance des gardiens de musée sont largement sous-estimées. De nombreux gardiens s’exprimeraient avec passion, si seulement nous les y invitons. Il est possible que les gardiens soient capables d’offrir ce qui manque souvent aux musées : une interaction humaine et une vraie conversation sur l’art.

Marchez lentement mais ne vous arrêtez pas :

Que vous soyez athlète ou transporté par l’exposition, vous n’êtes nullement à l’abri de ce mal : les jambes de musée. Demandez à votre entourage quelle est l’activité la plus fatigante entre une marche à la campagne et la visite d’un musée. Il est fort à parier que la seconde réponse sera la plus fréquente.

S’arrêter devant chaque œuvre implique le fait de faire quelques pas, de rester immobile un instant tout en sollicitant les yeux et le cerveau. Rajouter le fait que dans beaucoup de musées les sièges manquent, voici les ingrédients qui feront que les visiteurs seront touchés par les jambes de musée.

Pour visiter un musée, il faut arriver reposé, ne pas essayez de tout parcourir et tout assimiler, aménager des temps de repos, boire et se restaurer, faire des pauses. L’art est quelque chose qui demande la plus grande attention et qui provoque de la fatigue.

Des paysages sans personnages :

« Le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages, mais à avoir de nouveaux yeux » Marcel Proust.

Les paysages peints par les artistes ne sont pas toujours – loin de là – l’exacte réalité. La question est de savoir ce que l’artiste a voulu glisser comme message. A chacun de relever le défi tout en observant correctement la toile. Certes, les paysages sont immobiles et traversent le temps mais ils sont en premier lieu représentatif d’un courant, d’une époque. Les paysages ont été romantiques, impressionnistes, modernistes … à chaque époque son style. Les paysages sont susceptibles de transmettre des émotions et des sensations.

Quant est-ce que l’art devient art ?

S’il n’y a personne pour regarder une œuvre d’art (la nuit par exemple), est-ce que cette dernière reste toujours œuvre ? N’est-ce pas l’oeil qui la rend œuvre d’art ? Observer ceux qui regardent les œuvres se révèle être très intéressant. Il faut s’éloigner légèrement des œuvres et avoir une bonne vision sur le visage des visiteurs. Beaucoup de visiteurs ne se contentent que de flâner et n’entrent pas réellement en résonance ou en contact avec les œuvres. Est-ce que l’art réside dans l’objet même exposé ou dans ce qui se passe entre le visiteur et l’objet en question ?

Le beau ou le n’importe quoi ?

Regarder des œuvres médiocres se révèle être très instructif, cela permet de comprendre les défis de la création, et prendre conscience qu’un artiste ne réussit pas toujours à performer.

« L’art qui dans un premier temps nous laisse perplexe avant de nous épater est plus enrichissant à long terme ».

C’est le fameux Hein ? Waouh ! Même si on déteste une toile au premier coup d’oeil, il faut quand même continuer à la regarder et à l’analyser. Même si on ne peut tout aimer, cela peut aider le visiteur à gagner une expérience, une compréhension et obtenir davantage de réactions de celui-ci. A la différence du mauvais art où les réactions sont dans ce sens : waouhhh ! Hein ? Oui et alors ?

Art ou monde réel, où est la frontière ?

Le cadre a-t-il de l’importance ? Saurez-vous décrire un cadre d’une œuvre que vous adoré ? Le cadre n’est pas uniquement fonctionnel et pratique. Le cadre sert de fenêtre, en accroissant parfois l’intensité de ce que la peinture représente.

Van Gogh disait « une peinture sans cadre est comme une âme sans corps ».

Le musée sert de cadre aux collections, et chaque cadre de support, de frontière, de mise en lumière des peintures qu’ils contiennent. On augmente ainsi par une mise en scène l’impact de l’art sur le visiteur. (par des cadres, des jeux de lumières, des couleurs).

L’art doit-il être que beau ?

L’art doit seulement être beau ? En pensant cela, on réduit l’impact des œuvres. L’art doit provoquer et pousser à des émotions quel qu’elle soient Contempler une œuvre ne se résume pas à rester calme et silencieux. Il faut interroger le visiteur sur ce qui l’a choqué. Le visiteur doit, quant à lui, essayer d’accepter ses émotions. Il faut alors chercher des indices, comme la lecture de cartels, afin de mieux comprendre la vision de l’artiste. A-t-il voulu seulement provoquer voire choquer ?

Qu’est-ce que l’art ?

Tenter de définir l’art le mieux possible reste crucial pour le rendre le plus accessible possible. Des critiques peuvent pleuvoir comme la fameuse « mon fils pourrait faire la même chose ». Pour autant, comprendre une œuvre d’art ne vient absolument pas du fait d’être éduquer à l’art. L’apprentissage des courants artistiques n’entre pas en ligne de compte afin d’appréhender toutes les facettes d’une œuvre. Quelles sont les manières utiles de définir l’art dans un musée ?

D’après l’artiste Zineb Sedira « l’art peut vous faire évader, peut exprimer des opinions politiques et personnelles, peut faire réfléchir, peut sensibiliser, questionner le monde, raconter des histories, enregistrer des souvenirs et les garder en vie, contester certaines idées et le monde en général. Vous faire voir comme vous le souhaitez ».

Comment apprécier les œuvres ? Les belles rencontres au musée ?

Il est coutume de dire que de belles rencontres s’opèrent autour de dîner. La nourriture au musée, c’est comme le rock à l’église : une interdiction absolue. Mais une conservation profonde sur l’art reste tout à fait possible. Les musées restent néanmoins des lieux silencieux et non des pièces animées de conversation. Partager les émotions, les pensées, les critiques et les sentiments peuvent amener à enrichir une expérience artistique. Certaines personnes visitant un musée y recherche une sérénité, un moment de calme ; d’autres peut-être recherchent des échanges et des stimulus.

D’après le poète irlandais William Butler Yeats : « il n’y a pas d’étrangers ici, seulement des amis que vous n’avez pas encore rencontrés ».

Chef d’oeuvre :

Qui décide de classer une œuvre chef d’oeuvre ? Terme galvaudé par le monde de l’art, qui définit les critères d’un chef d’oeuvre ? Et quels sont-ils ? Critère de maîtrise, de purerté des formes, de génie artistique, d’originalité, d’influence avérée de d’autres artistes…. cela reste bancal. Conservateurs, marchands d’art, commissaires d’expositions, critiques d’art … aucun ne tombe d’accord. Chef d’oeuvre ou pas, ce qui compte en réalité c’est qu’un travail capte l’attention du visiteur. Chef d’oeuvre est quand on vous dit « art » et que vous pensez instinctivement toujours à la même œuvre… qu’elle ne vous quitte plus.

Le meilleur guide est …

… les enfants bien sûr. Ils sont passés maître dans l’art de poser des questions, de voir différemment les choses que les adultes ; ils sont de véritables critiques d’art. En fait, les musées devraient proposer l’aide d’un enfant à l’entrée et permettre ainsi à chacun de bénéficier des lumières de ces guides en herbe. Il ne faut pas rater une occasion de faire parler les enfants d’une œuvre de Pollock, de Lewitt ou encore de Duchamp. Les enfants sont de parfaits antidotes à l’attitude qui consiste à faire comme si l’on savait. De plus, il faut mettre en lumière que le jargon artistique, utilisé pour décrire les œuvres au travers de cartels ou de panneau d’exposition, reste opaque et est perçu par le public comme une manière prétentieuse et inintelligible de nous présenter telle ou telle œuvre, provoquant un fossé énorme entre le musée et le visiteur. La réponse élaborée serait l’habitude prise par les commissaires d’expositions. Une explication efficace se veut concise, précise et se concentre sur ce que vous pouvez tirer de l’oeuvre.

Les coups de cœur du musée :

A l’instar d’une librairie, où le personnel glisse des cartes « coups de coeur » dans les ouvrages ; le personnel du musée pourrait mettre en avant les œuvres en faisant que le musée soit plus intime, plus proche du visiteur et moins vide. Parmi le personnel des musées, on compte de nombreuses personnes aux avis différents, tranchés, qui seraient tout à fait capables de promouvoir leurs œuvres favorites en y ajoutant leurs émotions, leurs histoires à l’oeuvre, leurs anecdotes. Il faudrait simplement leur demander ce qu’ils conseilleraient de voir absolument et pourquoi. On recherche ainsi ce que l’on appelle l’âme du musée.

Le corps mis à nu :

Comment appréhender le nu au musée ? Ce n’est pas que l’oeuvre soit représentée nue qui choque ou interroge, mais le fait de la proximité avec le nu lors d’une visite au musée. Le nu présente souvent des formes grotesques affichant des poses bien étranges et peu naturelles. Contempler une sculpture d’un corps nu peut déclencher chez l’observant de la gêne, de l’érotisme, de l’humour, de la colère voire de la perversité. Il faut accepter ces réactions. L’art est intimement lié à la vie en stimulant une palette entière de nos émotions.

L’interdiction de toucher :

Toucher une œuvre est prohibé dans un musée, et le fait de vouloir toucher une œuvre en deux dimensions n’a réellement pas de sens. Mais toucher une œuvre en trois dimensions peut se révéler une expérience artistique sans précédent. Dans certains musées, des œuvres sont exposées pour être touchées. Parfois le personnel du musée vous équipe de gants blancs et on vous aiguille sur les endroits où poser les mains afin de comprendre les gestes de l’artiste.

Pas de photo :

L’instant où vous dégainé votre appareil photo ou votre téléphone pour prendre un cliché d’un de vos amis tentant de reproduire la même posture qu’une statue ou qu’une peinture, là où la voix d’un gardien se fait entendre « pas de photo ». Contradictoire sur le plan artistique, quant on pense que certains artistes utilisaient des photos ou travaillaient d’après des photos d’oeuvres : Andy Warhol et Gerhard Richter. La photo déconcentre-elle les autres visiteurs ? Cannibalise-t-elle la vente de cartes postales ? Seul argument possible pour l’interdiction de photographies, c’est le copyright. Les musées doivent respecter le code de la propriété intellectuelle et les accords passés avec les donateurs ou les prêteurs. Certains diront que les musées ne sont plus que des lieux touristiques où l’on prend des centaines de photos. Mais la photo peut être une vraie interaction avec l’oeuvre et son environnement. Elle peut déclencher des émotions et déboucher sur des sensations riches avec l’oeuvre. Des œuvres pourraient faire l’objet de séance de photos. Le musée pourrait organiser des concours photographique. L’originalité de prendre des photos promet de transmettre cette expérience entre le capteur et le tableau par exemple.

« Ne prenez pas l’oeuvre elle-même mais l’expérience que vous en faîtes ».

Qu’est ce qu’un musée d’art ?

Un simple bâtiment renfermant bon nombres d’oeuvres d’art classées selon une méthodologie qui échappe parfois au visiteur ? L’élargissement de la vision qu’on possède d’un musée permet de proposer un spectre de possibilités immense : lieu de rendez-vous, de conversation, de débat, de promenade, de laissez-aller, lieu de fête ou de rencontres, lieu d’émotions… le musée est pluriel.

Le portrait :

Le portrait comme ancêtre du selfie aujourd’hui. Mais le portrait, genre bien connu des artistes, n’est pas simplement la figuration artistique de la réalité des traits d’une personne, c’est aussi transparaître ses émotions et un message. Les émotions se traduisent dans un premier temps par le regard – heureux, larmoyant, inquiétant, conquérant, affectif…. Cela offre une palette infinie. N’oubliez pas aussi un autre aspect important : l’oeil du peintre. Le peintre interfère dans le portrait, reproduisant ce qui lui tient le plus à cœur, ce qui est le plus important pour lui, déformant de là la réalité. Le portrait, enfin, traduit un état d’âme du visiteur.

Les questions sur l’art :

Les guides présents ont tendance à aiguiller et à aiguiser l’appétit des visiteurs. Un panneau « posez moi des tonnes de questions » pourrait flotter au-dessus de la tête, tellement l’interaction avec les visiteurs est forte. Cela donne parfois naissance à des conversations entre guide et visiteur. Discuter d’une œuvre, devant elle, est un exercice intellectuel fort. Même si la crainte de passer pour un ignorant est énorme, il faut considérer que les guides mettent généralement à l’aise les visiteurs. Chacun ayant ses limites.

Le temps devant une œuvre ?

Quel temps doit-on passer devant une œuvre pour l’apprécier ? La question est légitime. Aucune indication n’est donné une fois entré dans un musée. Pour une œuvre qui a parfois demandé des mois de travail, le visiteur ne la regarde que 9 secondes. Le Louvre a effectué une moyenne pour la Joconde de 15 secondes. Est-ce que les musées devraient poser des indications de durée d’observation à côté des cartels afin d’aiguiller les visiteurs sur le temps qu’on doit passer devant.

Converser oui, mais où ?

Les galeries des musées sont souvent trop bondées et trop silencieuses. Parler d’art reste compliqué, à moins que …. Le restaurant des sites et des musées est un bon endroit : assis, à l’aise, devant de la nourriture, le cadre est parfait pour débattre et échanger. Il permet également de faire une pause et d’intérioriser votre impression de visite. Le restaurant peut permettre aussi de faire une pause si le musée est trop grand, cela permet de s’aérer l’esprit, de faire le point et de ne pas se surcharger.

Assis !

La position assise offre une bien meilleure posture pour appréhender les œuvres. Il ne faut pas hésiter à utiliser les bancs ou sièges à votre disposition, voire à s’asseoir par terre devant une œuvre qui vous intéresse, seul ou en groupe. Cela peut paraître parfois compliqué car la conception des musées au XXe siècle, c’est que le mobilier reste superficiel, et le visiteur trouve que trop peu d’assises. Pourtant, les sièges sont essentiels pour que le musée devienne un endroit convivial et agréable à visiter, du mobilier pour se relaxer, pour discuter et observer.

Les cartels :

Parfois illisibles, parfois trop compliqué, les cartels nous aident-ils vraiment ? On a parfois tendance à passer beaucoup plus de temps à les lire qu’à contempler une œuvre…. Un cartel utile est un cartel qui met en lumière une anecdote sur l’oeuvre, indiquant le contexte dans lequel elle a été créée. On pourrait penser à un double niveau de lecture en proposant deux cartels pour une œuvre : le premier en gros caractère pour les plus pressés et ceux en situation de handicap visuel ; le deuxième plus détaillé pour ceux qui souhaitent avoir le maximum d’informations sur l’oeuvre en question. Les cartels sont perçus par le visiteur souvent comme étant élitiste, écrit d’une manière incompréhensible qui paraissent nous dire que nous sommes bêtes. C’est là que nous voyons la qualité du commissaire d’exposition. Au travers des cartels, se reflètent le ton qu’il veut donner à l’exposition. Lors d’une exposition, le Tate Modern de Londres a permis aux visiteurs de rédiger eux-mêmes les cartels et de les coller à proximité des œuvres ou comment savoir les réactions des visiteurs vis-à-vis de telle œuvre.

Le livre d’or :

Encore considéré comme nécessaire, stratégiquement placé en fin de parcours, il permet aux visiteurs, même à l’ère numérique, de rédiger ce qu’ils ont ressenti de l’exposition, d’exprimer du contentement ou du mécontentement, des mots d’encouragements ou de déception. Cela permet aussi de feuilleter ce que les autres visiteurs ont pensé de cette expérience. C’est un vrai espace de liberté d’expression.

Expérience artistique :

Lors de l’exposition de Yoko Ono « it’s for you », un téléphone était laissé devant des œuvres. Quand il sonnait, le visiteur qui décrochait avait la chance de parler à l’artiste. Un moment de discussion. Parfois, on peut avoir la chance, lors d’une visite, de tomber sur des artistes en train de créer ou de préparer une exposition. Il n’est pas interdit d’essayer de leur adresser la parole afin de comprendre au mieux leur travail, il faut profiter de ces instants-là. Il n’est pas interdit au visiteur de prendre le temps de rechercher avec son smartphone des interviews ou informations concernant l’artiste tout en regardant une de ses œuvres.

Les motivations d’une visite :

Entre celui qui aime expérimenter de nouvelles visites, celui qui a entendu parlé d’une exposition ou d’un musée par un proche, celui qui recherche une manière d’être en contact d’émotions et de libérer les siennes par l’occasion, celui qui se considère comme artiste ou amateur d’art, ou celui qui tout simplement vaque à droite à gauche à la recherche d’une expérience unique ; les motivations du visiteur déterminent déjà l’état d’esprit dans lequel il est avant même son entrée dans le musée.

La musique :

La musique comme médiateur entre le visiteur et l’art. Le silence est souvent de mise dans un musée, mais souvent cela met mal à l’aise. Le cerveau humain a une capacité d’association entre art visuel et art auditif. Pourquoi alors en pas mettre un peu de musique afin d’animer les collections ? Le son va créer une atmosphère propice à la délectation des visiteurs, sans pour autant en abuser.

Référence bibliographique

Johan Idema, Comment visiter un musée, et aimer ça : arrêter d’errer, agissez !, Eyrolles, Paris, 2015

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