La naissance des musées

musee-orsay
Une des plus belles réhabilitations : une ancienne gare transformée en musée : Le musée d’Orsay

Article en version pdf : l-invention-des-musees

Aux origines, il y avait le musée d’Alexandrie : « une communauté de savants pensionnés par le mécénat royal, c’est à dire, dispensés des soucis de l’existence pour se consacrer à l’étude, et qui a gardé de ses origines un caractère religieux ».

Les savants devaient être mathématiciens, géographes, astronomes, philosophes ou encore poètes. C’est sans doute à l’école d’Aristote que les premiers Ptolémée empruntent l’idée de musée.

Même si l’idée de collections apparaît avant la Renaissance, c’est bel et bien à partir de cette période que se développe le collectionnisme.

Les humanistes se soucient de la conservation des traces laissées par la Rome Antique. En 1462, le pape Pie II va même jusqu’à interdire la réutilisation de vestiges du passé comme matériaux de réemploie dans la construction. C’est de là que part le collectionnisme. Ainsi, en plus de leurs collections d’orfèvrerie, certains, à l’instar de Laurent de Médicis, de la famille Borghèse ou Farnèse, connaissent une collectionnite aiguë allant jusqu’à amasser des statuts antiques.

françois-1-creation-musee
François 1er et la création d’un musée

François Ier va même demander la construction d’un pavillon de chasse à Fontainebleau pour en faire une sorte de Rome antique afin d’y amonceler des œuvres. Il s’attache les services de Primatice qui va faire des allers-retours entre la France et l’Italie pour rapporter des sculptures et des moulages. Ces moulages seront ensuite repris en France pour exécuter des copies en bronze.

Le premier musée authentifié :

Paolo Giovo, savant et auteur des 45 livres d’Histoire de son temps, avait accumulé 400 pièces composées entre autre de portraits ou de copies faites à partir de médaillons. Il fit construire près de Côme, à Borgo Vico pour être plus précis, une villa pour abriter sa collection. Pour lui, c’était un lieu consacré à l’étude et aux discussions savantes. A partir de 1550 se répand le concept de cabinet de curiosité. A l’instar des Médicis, de l’empereur Rodolphe de Prague ou encore du duc de Bavière Albert, de nouveaux types d’objets apparaissent dans les collections privées : fossiles, coquillages, fleurs ou fruits venus de lointains, animaux monstrueux et/ou fantasmagoriques, orfèvreries, pièces ethnographiques ou encore bizarreries.

Cas particulier du cabinet de l’Electeur de Saxe : L’Electeur Auguste rassemble à Dresde, entre 1560 et 1586, une collection principalement d’outils et d’instruments scientifiques destinée à perfectionner les métiers en faisant connaître aux visiteurs procédés et innovations techniques. Le prestige des raretés fait de la collection un moyen de reconnaissance sociale. On fait visiter sa collection aux visiteurs en voyage et on commence même, à cette même période, à éditer des guides « touristiques ».

Autre cas particulier : La fameuse collection des ducs de Mantoue rassemblée entre 1550 et 1612. Guillaume et Vincent Ier avaient collecté un ensemble de chefs d’oeuvre : des Michel-Ange, De Vinci, Titien, Caravage, Vernèse, ou encore Rubens. Cette collection fut ensuite vendue à travers toute l’Europe. Colbert en acquit une partie pour le Cabinet du Roi. Le 11 mars 1671, ce ministre de Louis XIV prend possession de 101 tableaux et 5542 dessins pour la somme de 220 000 livres. C’est pourquoi, aujourd’hui, le Louvre possède L’homme au gant de Titien ou La mort de la Vierge du Caravage.

« Si une institution comme l’Université prend le relais d’un collectionneur, ce n’est pas seulement pour assurer la conservation des collections, c’est aussi pour les rendre accessible au public ».

ashmolean-museum-oxford
Ashmolean Muséum à Oxford                         c- Artfund

Un des premiers musées totalement accessible au public reste l’Ashmolen Museum. Les recettes du droit d’entrée permettent la rémunération d’un garde et d’un sous-garde. A cette période du début du XVIIIe siècle, on remarque que les visiteurs touchent à tout.

  • A Bologne, Bâle ou encore Beesançon, se créent des musées et des bibliothèques publiques.

  • 1719 : inauguration d’un cabinet public à Saint-Pétersbourg dans la maison du Boyard Kikine.

  • 1737 : Anna Maria Ludovica, dernière héritière des Médicis a transféré à l’Etat de Toscane la propriété des collections familiales. Trente ans plus tard, en 1769, la gestion de la galerie des offices passes sous contrôle de l’Administration.

  • 1745, à Paris, au Jardin du roi, on va créer des salles spécialisées pour la minéralogie, la botanique et la zoologie.

  • Une galerie du palais du Luxembourg est ouverte le mercredi et le samedi, proposant à la vue une centaine de tableaux.

  • 1753 : le Parlement anglais rachète la collection du docteur Hans Sloane. Six ans plus tard s’ouvre le British Museum.

  • 1771, à Florence, on note la création du cabinet de Physique et d’Histoires naturelles. En 1780, on accueille déjà 6 000 visiteurs et à la fin du XVIIIe siècle, 20 000 visiteurs.

  • 1792 : Musée du Belvédère à Vienne est ouvert à « tout visiteur pourvu qu’il ait des souliers propres »

« Le musée est le dépôt de l’histoire visible de l’art » selon Christian Von Meckel.

L’art se démocratise. On voit apparaître çà et là, surtout dans les villes de province, dès les années 1740, des cours publics et souvent gratuits – des cours principalement de dessin.

L’invention du musée du Louvre :

Etienne La Font de Saint-Yenne, auteur de l’étude sur l’état de la peinture en France, propose d’exposer dans le palais du Louvre des chefs d’oeuvre et des tableaux entassés jusqu’alors dans des petites pièces de la ville de Versailles. Le triple intérêt de cette opération :

  • sauvegarde

  • proposer un exemple d’art pour les artistes contemporains

  • accessibilité aux visiteurs

musee-XIXe-siecle

A l’aube de la Révolution française :

Le musée apparaît comme étant le sauveur des œuvres religieuses, monarchiques et féodales à l’avènement de la Révolution Française. Dès 1790, on voit naître la commission des Monuments, codifiant ainsi les premières instructions des règles de conservation et d’inventaire.

Le 19 septembre 1791, un décret ordonne « le transport dans le dépôt du Louvre des tableaux et des monuments relatifs aux Beaux-Arts se trouvant dans les maisons royales ».

Quelques années plus tard, le 24 octobre 1793, un nouveau décret dispose que « les monuments publics transportables, intéressant les arts ou l’histoire, qui portent quelques uns des signes proscrits, qu’on ne pourrait faire disparaître sans leur causer de dommages réels seront transférés dans le musée voisin pour y être conservés pour l’instruction nationale ».

Alexandre Lenoir, lorsqu’il était chargé de garder le dépôt des Petits-Augustins, raconte que pour lui il s’agit « d’un asile pour les Monuments de notre histoire, que des barbares, à certaines époques, poursuivirent la hache à la main ». On a donc recensé des statues, des tombeaux, des monuments, des bustes, des médaillons et des vitraux qui s’accumulèrent sous sa protection.

Lors de l’expédition en Italie de Bonaparte et en contre-partie des victoires sur chaque ville traversée, il fait glisser dans chaque armistice signé avec chacune d’entre-elles, une clause de cession d’oeuvres choisies. Direction : la France. Ce fut el cas pour la ville de Parme, Modène, Milan, Crémone et Bologne en 1796 ; puis de Tolentino, Mantoue, Véronèse et Venise en 1797.

decret-chaptal
Chaptal

 

Ainsi, à l’aube du XIXe siècle, le museum des arts en France présente une collection riche de 1390  tableaux des écoles étrangères, 270 de l’école ancienne française, 1000 de l’école moderne française, 20 000 dessins, 4 000 planches, 30 000 estampes et quelques 1 500 statues antiques. Le député Chaptal, instigateur de la création des musées de provinces, propose un décret visant à répartir cette collection dans une quinzaine de musées provinciaux qui voient le jour à ce moment-là. A cet égard, Chaptal créé le principe d’un musée en province et la répartition des collections nationales sur tout le territoire français.

Le XIXe siècle est aussi marqué par une frénésie de conquête et donc d’achats, de perquisitions, de rapts parfois d’oeuvres d’art. En 1812, le prince de Bavière achète 18 statues du temple d’Egine, vente réalisée à Malte. Quatre ans plus tard, c’est lord Elgin qui a organisé le démontage des sculptures de l’acropole d’Athènes pour les envoyer au British Muséum de Londres.

Le XIXe siècle sonne l’engouement pour la mise en valeur des collections d’art. Ainsi, en 1826, le célèbre Champollion, à l’origine de la découverte de la lecture des hiéroglyphes, dirige le musée égyptien au Louvre. Toujours au Louvre, en 1847, c’est la création d’un musée assyrien, où l’on peut voir les fameux taureaux ailés de Khorsabad.

L’explosion des sociétés savantes partout sur le territoire français :

Lors des cérémonies introductives des sociétés savantes locales, chaque nouveau membre doit donner un objet artistique significatif, quelqu’il soit. Comme sorte de droit d’entrée dans la communauté, les nouveaux membres offre objet, statue, orfèvrerie, bizarrerie de leur cabinet de curiosité … Cette initiative développe ainsi le concept des musées municipaux. On voit alors essaimer dans plusieurs régions des petits musées gérés par les sociétés savantes locales. C’est le cas à Caen, Toulouse, Nancy, Bourges, Langres, Autun, Colmar, Narbonne et Amiens.

L’idée de « Musée » fait de nombreux petits au XIXe siècle :

Les plus hautes instances politiques du XIXe siècle s’y mettent aussi à la création de musée et insuffle un vent de sauvegarde et de mise en lumière des collections dites nationales. En 1837, Louis-Philippe décide de faire du château de Versailles un musée historique. Des œuvres censées manifester l’union nationale seront exposées. Ainsi, sur près de 120 mètres, 33 tableaux sont représentés, allant de Tolbiac en 496 à Wagram en 1809. Toujours à Versailles, se créée, à la même période, une salle dédiée à l’année 1792, une autre concernant l’année 1830 et un espace entièrement consacré aux célèbres croisades.

En 1870, sur le parvis du Trocadéro, à Paris, s’ouvre, ce qu’on va dénommer plus tard comme étant la Cité de l’Architecture et du Patrimoine ou Palais Chaillot, une aile muséale consacrée à la sculpture comparée. Essaiment en france des Palais des arts : Grenoble, Marseille, Lille, Nantes et Rouen par exemple.

D’autres créations de l’autre côté de l’Atlantique voient le jour :

  • 1870 : le Met de Nex-York, soit le Metropolitain Muséum.

  • 1870 : le musée des Beaux-Arts de Boston (photo ci-dessous)

  • 1875 : le musée des Beaux-Arts de Philadelphie

  • 1879 : le musée des Beaux-Arts de Chicago

musee-des-beaux-arts-boston
Musée des Beaux-Arts de Boston

Le Victoria and Albert Museum à Londres fait également beaucoup d’envieux. La muséographie et la scénographie se veulent modernes. Ainsi, l’architecture de fonte renferme un éclairage artificiel au gaz, ce qui permet l’ouverture du musée en soirée pour accueillir le public. On met en place dans ce musée le concept de prêt d’oeuvre pour d’autres institutions. On compte aussi, en plus de la présentation des collections, une bibliothèque, un amphithéâtre et une école d’art.

Les musées au service de la vulgarisation :

On peut noter un grand effort des musées vis-à-vis de l’instruction publique dès le dernier quart du XIXe siècle. Aux Etats-Unis, le mécénat privé joue un grand rôle pour la vulgarisation scientifique dès les années 1840.

En 1846, le fil naturel d’un duc anglais, James Smithson, avait légué aux Etats-Unis 500 000 dollars « pour augmenter la diffusion des connaissances parmi les hommes » ; fondant ainsi la Smithsonian Institution de Washington.

La naissance du musée d’art moderne :

A la fin du XIXe siècle, avec lac ritique radicale du musée et la volonté de créer un projet alternatif, est né le musée d’art moderne.

Avec un don de Monet et de la collection Marcel Semblat, le musée de Grenoble devient en quelques années celui qui, en France, s’intéresse aux talents neufs. Partout explose l’intérêt pour cet art nouveau du XIXe siècle. A New-York, la première exposition d’art moderne intervient en novembre 1929, dans un local de la 5e avenue. Une centaine d’oeuvres de Cézanne, Gauguin, Seurat et Van Gogh sont présentées au public. En 1931, on voit un leg incroyable de la collection de Lillie Bliss, formant alors le noyau dur des richesses du MOMA : muséum of modern art. Parallèlement à ces initiatives anglophones, la France vit aussi à l’heure de l’art moderne. En 1920, à Paris, on lance l’idée de créer un musée des artistes vivants. Tout cela étant poussé par l’exposition universelle de 1937 et la création du Palais de Tokyo concernant l’art contemporain. Un vrai électrochoc pour se détacher de l’art antique et pour s’approprier l’art moderne. On va créer ainsi le MNAM ou musée national d’art moderne, en 1947. On retrouve dans ce musée des Picasso, des Kandinsky, des Dali, des Matisse, des Braque ou encore des Brancusi. En respectant les principes du Bauhaus, les salles d’exposition ne sont plus surchargées, comme c’était coutume de faire jusqu’au XIXe siècle, mais elles deviennent épurées concernant la scénographie.

D’autres créations :

  • ICOM : créé juste après la deuxième guerre mondiale

  • 1977 : le centre d’art Georges Pompidou ou Centre Beaubourg (photo ci-dessous)

  • 2006 : la création du musée du Quai Branly par Jacques Chirac.

La culture s’exporte partout par la création du Louvre-Lens, des annexes du Guggenheim ouverte au Mexique, Brésil et Bilbao, du Centre Pompidou à Metz ou encore de la Tate Gallery à Liverpool.

pompidou-paris
Centre Georges Pompidou ou centre Beaubourg – Paris

La donation d’oeuvres d’art :

« Les musées constituent et accroissent leurs collections selon diverses modalités. Bien entendu il leur arrive d’acheter des pièces, directement à leur propriétaire ou en passant par les ventes publiques ; En France, l’Etat consacre aux achats le produit du droit d’entrée des musées nationaux, ainsi qu’un subvention budgétaire. Il peut aussi acquérir des œuvres en paiement de droits de succession. Mais l’enrichissement des musées a été souvent le résultat de libéralités, c’est à dire de dons ou de legs réalisés par des collectionneurs, des artistes, des descendants d’artistes ou des bienfaiteurs.

Référence bibliographique

Roland Schaer, L’invention des musées, Découvertes Gallimard, Réunion des musées nationaux, France, 2007

Johnatan Savarit

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s