Germaine Richier, la Giacometti féminine

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Sculptrice réaliste et animiste

1902 – 1959


Germaine Richier étudie la sculpture à l’école des Beaux-Arts de Lyon à partir des années 1920 dans l’atelier de Louis Jacques Guignes, un ancien élève de Rodin  Dès 1926, elle part ensuite pour la capitale afin de rejoindre l’atelier de Bourdelle, artiste qui aura une grande influence sur Germaine Richier. En 1929, elle épouse un sculpteur suisse, Otto Bänninger. En 1933, elle a déjà réalisé 8 nus complets et 26 bustes. Dans ses œuvres, Germaine intègre le socle à la sculpture afin de ne faire qu’un. En 1935, elle effectue un voyage à Pompéi d’où elle ressort marqué profondément par les corps pétrifiés. Sa première exposition personnelle arrive l’année suivante en 1936. Elle remporte par la suite plusieurs prix dont la médaille d’honneur lors de l’exposition universelle de Paris en 1937. Durant la Deuxième guerre mondiale, elle vit à Zurich. Son séjour en Suisse va changer l’art de Germaine, c’est à partir du début des années 1940 que sa carrière prend un tout autre virage. Elle produit des œuvres comme Le Crapaud, mêlant ainsi le monde animal, le monde humain et le monde végétal. Elle devient une sculptrice animiste à partir de là.

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Germaine Richier – Le Crapaud – 1940 – Bronze – 22 cm

Une fois la guerre terminée, elle revient à Paris où elle continue son travail des hybrides. Ses êtres se trouvent être scarifiés, laissant alors transparaître les blessures des corps laissées par la guerre.

Germaine Richier a eu une courte carrière artistique entre 1933 et 1957. Elle est admirée par ses contemporains tant en littérature qu’en sculpture. Le matériau dont elle se sert est le matériau du réel, le matériau de la nature. Elle n’a travaillé la pierre qu’à ses débuts. Elle se focalisera surtout sur le bronze. La matière est travaillée avec l’idée d’intégrer la nature à l’intérieur.

Elle a été l’assistante de Rodin et à son contact elle apprend la technique du moulage. Elle est ensuite accueillie par Bourdelle dans son atelier privé à Paris. Autour d’elle, parmi les autres élèves de Bourdelle,  d’autres hommes et femmes qui se forment à l’instar de Giacometti. Elle va retenir l’enseignement d’une sculpture géométrique, car Bourdelle utilise le compas, le fil à plomb … outils dont elle se servira ensuite dans son art. Elle va aussi s’intéresser de près à la glaise pour ses modelages.

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Germaine Richier – Buste n°12 – 1933 – bronze

Quelle est sa notoriété de son vivant et qu’elle image laisse-t-elle au XXe siècle ?

Germaine Richier tient une place majeure dans l’art du XXe siècle. Elle acquiert de son vivant et très rapidement une reconnaissance fulgurante de son art dès les années 1930. L’Etat lui achète une sculpture dès les années 1930, ce qui agrandi encore sa visibilité. Elle va être exposée en 1956 au musée national d’art moderne, la même année que Matisse. C’est la première sculptrice à y être exposée. (cela montre le manque de reconnaissance des femmes sculptrices de son époque). Aujourd’hui, cette place majeure est occultée.

Exilée en Suisse pendant la Deuxième guerre mondiale avec son premier mari Bäninger – sculpteur également, elle va y rencontrer d’autres artistes,  en exil aussi, comme Marinot Marigny. Pendant la guerre, elle continue à exposer. Cet exil en Suisse a été déterminant pour elle de par les rencontres qu’elle y fera. Toutes ces rencontres vont influencer l’artiste dans sa manière d’appréhender la sculpture. Elle va alors, à partir de ce moment-là, mélanger l’image de l’Homme avec les animaux : ce qu’elle appellera les hybrides. L’homme forêt (main dans du plâtre et des feuilles de la forêt). Dans la construction de ces êtres hybrides, on peut percevoir l’esthétique de son travail

A gauche / Germaine Richier – L’Homme forêt – 1946 – bronze

A droite / Germaine Richier – L’Homme araignée – 1946 – bronze – seulement 12 exemplaires

Comment travaille-t-elle ?

Ses sculptures sont d’abord réalisées en terre, puis moulées en plâtre. Enfin, en dernier lieu ses œuvres sont fondues en bronze.

Ce qui caractérise la sculpture de Germaine réside dans la manière dont on renonce à la forme solide et pleine. On met en avant les accidents et les griffures. Chaque sculpture est trouée, travaillée de manière approfondie, dans une optique de s’opposer à l’art moderne qui vise l’épure et l’abstraction. Elle est donc dans l’expressivité. Cet art de l’accident dans la sculpture est un héritage direct de ses deux maîtres : Rodin et Bourdelle.

 

« J’aime la vie, j’aime ce qui bouge, je ne cherche pas à reproduire un mouvement. Je cherche plutôt à y faire penser. Mes statues doivent donner à la fois l’impression qu’elles sont immobiles et qu’elles vont remuer ».

Germaine Richier

 

Parfois dans ses œuvres, elle insère des cailloux de couleurs afin de capter le regard et de dynamiser son personnage. Ses ouvres deviennent fantaisistes et colorées avec des émaux. Elle lie cette manière d’intégrer des éléments avec son enfance et les jeux des tout-petits.

Elle laisse la dimension allégorique et mythologique portée par les écrivains. Chez Richier, il y a une dimension autobiographique par rapport à ses rapports avec ses insectes. Elle a chez elle une sorte de cabinet de curiosités, d’où elle peut s’adonner à cette passion des insectes. Cela a un lien direct avec son enfance où elle a passé du temps à jouer dans la Garigues avec les sauterelles.

De 1946 à 1956, son travail change, ce ne sont plus des sculptures classiques. Il y a chez elle la volonté de construire dans la sculpture de manière rigoureuse. Elle devait être habitée car elle croyait dans les vies. Toutes les figures issues d’un monde imaginaire et fantastique signifient qu’elle était portée par un état entre réel et irréel. C’est dans cette période qu’elle va être très productrice.

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Germaine Richier – La Mante – 1946 – bronze – seulement 11 exemplaires

Après la guerre, en 1947, elle se rend dans la capitale britannique pour exposer ses œuvres lors d’une exposition personnelle. C’est à ce moment-là qu’elle découvre l’art de la gravure. Quand elle rentre de Londres pour Paris, elle s’achète immédiatement une presse pour se lancer dans la gravure. Dès lors, les artistes britanniques et français gardent un œil sur la vie et l’œuvre de Germaine Richier. C’est à cette période qu’elle va créer La Chauve-Souris et La Vénus de Villetaneuse.

La chauve souris - Richier

Germaine Richier – La Chauve-souris – 1946 – bronze poli sans patine

 

La chauve souris de 1946 est une sculpture réalisée en bronze poli sans patine. La surface a été ensuite frottée avec une éponge à récurer. Elle appartient à un courant où à la fois le figuratif et géométrique tient une place importante, mais où le suréalisme est omniprésent.

 

Qu’est-ce que le suréalisme ?

 

« Elle traduit le fantastique en terme naturel. Les êtres mythiques sont soumis à la loi des êtres réels. Elle ne nie pas le fantastique mais l’accepte comme une composante essentielle de la vie, mais l’intègre à sa propre sensibilité et au monde sensible de la perception. Cette pulsion de mort elle l’assume sentimentalement à la fois dans son être et dans son travail. L’hybride n’est que le constat du réel et de ses contradictions ».

Pierre Restany.

 

L’Orage et L’Ouragane sont deux sculptures majeures dans la production de Richier.  

L’Orage est un personnage saisissant qui se tient debout, au torse énorme, aux épaules larges, au ventre énorme, au visage à moitié rongé. Afin de réaliser L’Orage, elle prend pour modèle Libero Nardone, modèle qui a servi pour Le Balzac de Rodin. Elle montre alors son profond désir de s’inscrire dans une continuité de la sculpture figurative. Elle fait posée son modèle dont elle avait une profonde fascination à cause de sa morphologie. Elle est très attentive à ses modèles, et elle fait poser longtemps, des séances longues, afin d’épuiser les épuiser, de creuser leurs visages afin de trouver un morceau de vérité. Il y a là une puissance de cette masse, et la lutte à l’intérieur même du corps entre l’affirmation d’une présence et la décomposition. Le personnage de l’Orage est légèrement penché vers le spectateur.  Les mains sont tournées vers le sol comme s’il puisait les puissances de l’intérieur de la Terre. L’orage est l’allégorie des éléments.

Germaine Richier avait  peur de la nature car elle considérait qu’elle était méchante. Elle redoutait par-dessus tout l’orage qui la terrorisait. Elle était habitée par ses éléments et ses sculptures forment un pont entre tout ça. L’Orage est certainement l’oeuvre la plus représentative de son travail, soulignant l’importance de la nature et des éléments.

Dominique Rollin se souvient dans l’atelier de Richier lorsqu’elle avait la chance de pouvoir voir l’artiste au travail. Elle nous a laissé ce souvenir.

« Elle était le vent, l’eau, l’éclair et l’arbre des forêts. Elle disait « mes petits venez vite voir » avec sa voix profonde, un peu rauque aussi patinée que ses bronzes. Tumultueuse, elle posait des questions. Elle ne touchait pas à la matière et pourtant nous nous taisions comme si l’œuvre avait déjà commencé à vivre par la voix de Germaine. « N’est-ce pas merveilleux a-te-elle répétée ? Allez allez-vous en vite, il faut travailler ». Elle nous a mis dehors avec la même chaleur avec laquelle elle nous avait accueilli ».

Dominique Rollin dans l’atelier de Germaine.

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Germaine Richier – L’Orage – 1947 – bronze – 12 exemplaires – 2 mètres – 200kg

Pour continuer sur l’analyse de cette artiste, nous ne pouvions pas passer à côté d’une œuvre majeure, répondant directement à L’Orage : L’Ouragane. Néologisme du féminin de l’ouragan, elle incarne les forces de la nature. L’univers de Germaine est un univers où la femme est souveraine : les mantes, les araignées, les chauves-souris. Les mœurs de ces animaux peuvent paraître inquiétantes mais pourtant elle les intègre dans ses productions. Elle reste animaliste avant tout.

Pour L’Ouragane, créée en 1948, elle choisie comme modèle Thérèse qui a une certaine corpulence. Elle couvre son modèle de lignes de bleu de lessive, le modèle est quadrillé. Elle passe avec son compas sur toute la surface, et fait parfois mentir son compas pour transformer quelque peu la réalité, pour maltraiter la matière. Les instruments dont elle se sert sont parfois assez violent, à l’instar de « l’épée » qui lui sert à dessiner des lignes dans la terre fraîche. L’Ouragane est le pendant féminin de L’Orage : l’œuvre présente un ventre proéminent, une masse importante, des jambes petites et des mains tournées vers le sol comme si elle puisait elle-aussi les forces de la nature, les forces terrestres.

Hurricane Woman 1948-9, cast 1995 by Germaine Richier 1902-1959

Germaine Richier – L’Ouragane – 1947 – bronze – 11 exemplaires – 1,8 mètre – 150 kg

« Mes sculptures je les vois naître dans les feuilles et dans la boue »

Germaine Richier.

 

C’est une artiste majeure car son art est émouvant et puissant à la fois. Elle permet une représentation nouvelle de l’homme et de la femme après la deuxième guerre mondiale. C’est une façon très originale de les représenter. Nous ne sommes absolument pas dans la conception du corps de la femme érotisé. Elle choisit ses modèles pour leurs formes, leurs rides, pour leur réalisme. Elle tire une image de la réalité de son époque. Ce lien qu’elle cultive avec ses modèles est très fort. Elle apprécie les gens qui l’entourent et les gratifie. Elle ouvre sur des thématiques qui nous parlent encore aujourd’hui en représentant l’humain à la fois dans sa violence mais aussi dans sa fragilité.

L’aura de Germaine Richier se traduit aussi par le grand nombre d’écrits que des écrivains ont laissé derrière eux. Des écrits relatant le Monument Richier. Elle a suscité, de par son ouverture d’esprit à discuter de tout, des textes qui donne de la place aux morts. Les hybrides, l’univers de la sculptrice, le fait que l’artiste soit habité … tout cela a nourrit les fantasmes des écrivains comme René de Saunier, Francis Ponge ou encore Georges Limbour.

 

L’Art Sacré et Germaine Richier :

On ne peut pas parler de Germaine en art sacré sans évoquer son Christ d’Assy. Cette commande a été faite par les frères dominicains, le père Couturier  et le chanoine Jean Devémyplus particulièrement. Ils commandent après la Deuxième guerre mondiale aux plus grands artistes de l’époque la décoration de cette nouvelle église. On compte la collaboration de Georges Rouault, Pierre Bonnard, Fernand Léger, Jean Lurçat et son élève Paul Cosandier, Odette Ducarre, Germaine Richier, Jean Bazaine, Henri Matisse, Georges Braque, Jacques Lipchitz, Marc Chagall, Jean Constant Demaison, Ladislas Kijno, Claude Mary, Carlo Sergio Signori, Théodore Strawinsky et d’autres encore.

Tous vinrent signer peintures, sculptures, tapisserie, vitraux, céramiques, mosaïques, pièces d’ameublement et objets de culte. Les artistes ont été choisis pour leurs qualités artistiques et non pour leur engagement religieux, ce qui provoqua une vive polémique.

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Eglise Notre-Dame de Grâce – Plateau d’Assy – XXe siècle

Dans cette ambiance de la commande ; le père couturier avec l’abbé va lui commander le Christ pour le maître autel. Pour le réaliser, elle prendra le modèle de Don Quichotte. L’esquisse  est réalisée en 1949 et le Christ sculpté en 1950. Cette création et la conception de cette chapelle résolue moderne, vont déclencher un énorme débat sur l’art sacré et les artistes retenus pour les commandes. Ce débat a lieu à la même période que la création de la chapelle de Vence de Matisse. Cette façon de redonner une vitalité de l’art chrétien avec des œuvres contemporaines reste bien loin de l’esthétique saint-sulpicienne. Peu importe que les artistes croient ou pas mais qu’ils soient les meilleurs pour orner les lieux de culte avec des œuvres les plus puissantes de l’époque, c’est cela qui était à la base du projet de la chapelle d’Assy. Germaine Richier est associée à ce projet. Artiste croyante, fondamentalement, elle n’a pourtant jamais mis cela en avant pour cette production sacrée. L’œuvre va être décrochée un an après la consécration de l’œuvre car elle faisait scandale. La représentation du corps avec cette matière tourmentée et travaillée, propre à son style, qui rejoint le christ en souffrance a tellement choquée que le débat a couru sur plusieurs années. Dominique Rollin se souvient quand Richier était en pleine création du Christ dans son atelier. Elle nous fait part de son témoignage.

A gauche / Chœur de l’église Notre-Dame de Grâce – Plateau d’Assy – XXe siècle

A droite / Vitraux de l’église Notre-Dame de Grâce – Plateau d’Assy – XXe siècle

« Près du gros poêle rougeoyant un homme nu les bras écartelés, un homme extrêmement vieux, au ventre énorme, au sexe gris, aux plaies maladroites et aux ongles desséchés. Il était immobile. Le modèle pénétré par sa mission vivait son martyre ; il était déjà statue. L’idée première du christ d’Assy était en train de naître. Le visage de Germaine brûlait de bonheur, cela trahissait aussi une tendresse comme quand on est bouleversé devant les gestes les plus simples ».

Dominique Rollin

 

Le corps se confond avec la potence, le christ créé la croix et le crucifix. La matière qu’elle a choisie est excessivement travaillée et ravinée. Ce Christ n’est pas patiné, il est brut, ce qui va lui donner une brillance, un éclat. Après presque 20 ans de débat, il a été remis en 1969 au dessus du maître autel.

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Germaine Richier – Christ d’Assy – 1950 – bronze

« C’est le seul christ moderne devant lequel on peut prier ».

Malraux

Elle transforme cette douleur et ce tourment en quelque chose de vivant. C’est parce que ces sculptures sont accidentées que ces œuvres sont vivantes selon elle.

 

Une œuvre résumant l’art de Germaine Richier reste le Grand Echiquier réalisé en 1959 :

L’œuvre L’Echiquier comporte 5 pièces. Elles ont été réalisées en bronze en 1959. L’artiste a ainsi agrandi son Petit Echiquier qu’elle avait réalisé en 1955. Les dimensions des pièces sont les suivantes

Pièce Hauteur en mètre Poids en kilogramme
ROI 2.05 97
REINE 1.99 87
CAVALIER 2.23 64
FOU 1.65 86
TOUR 1.96 86

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Germaine Richier – L’Echiquier – 1959 – bronze

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Germaine Richier – L’Echiquier – détail cavalier – 1959 – bronze

 

Quant elle rencontrait Picasso et Giacometti, il n’y avait aucune condescendance de leur part, elle était leur pair. Pour elle, il y a cette égalité entre artiste masculin et artiste féminin. Cela était due au fait qu’elle exposait dès son vivant et que ses expositions avaient la même résonnance que celle des autres sculpteurs. Artiste profondément animisme, il y a pour elle une vie dans tout.

Quelques mois avant sa mort avait déjà exposé au musée d’Antibes alors qu’elle était malade. Son deuxième mari est écrivain et apporte dans l’atelier de Richier la littérature. Cette exposition est la plus importante jamais réalisée jusqu’à ce jour avec la présentation d’une centaine d’œuvres. Elle a eu lieu le 17 juillet 1959 alors qu’elle est décédée le 30 juillet.

Plus récemment, a été organisée une exposition au Mont Saint-Michel sur la grande terrasse dans un monde de roche où la lumière dialogue avec ses sculptures. Les œuvres quand elles sont exposées dans ces paysages acquièrent une dimension particulière.

Pour aller plus loin :

Valérie Da Costa, Germaine Richier : un art entre deux mondes, 2006

Article en version PDF téléchargeable –> Germaine-Richier

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