Edgar Degas, ou l’aventure d’un misanthrope

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Artiste misanthrope passionné par l’Opéra

1834 – 1917


Né à Paris en 1834, d’un père italien et d’une mère américaine. Une fois son baccalauréat en poche en 1853, il part faire des études de Droit. Mais très rapidement, il change de voix pour se consacrer entièrement aux arts en intégrant l’atelier d’un des élèves d’Ingres : Louis Lamothe. IL va créer dans un premier temps des tableaux d’Histoire puis participe activement aux expositions des Impressionnistes entre 1874 et 1886. Dans cette même période, il s’intéresse au monde de l’Opéra et de la Danse. Il s’introduit dans les coulisses de l’Opéra de Paris rue Le Peletier où il va peindre des scènes de danseuses et des portraits de musiciens. A la fin du XIXe siècle, il se met à la photographie quelque temps en réalisant des portraits et des nus. Atteint d’une cécité en 1912, il arrête de peindre mais continue à produire des croquis au pastel. A sa mort, en 1917, son atelier et ses œuvres sont venus – toiles d’Ingres, Delacroix…

Il est l’un des maîtres de l’impressionnisme malgré le fait qu’il se considère lui-même comme un réaliste indépendant. A l’instar de Monet, Degas est l’un des peintres de la vie moderne, des maisons closes, des scènes de cafés…

 

« Aucun art n’est aussi peu spontané que le mien. Ce que je fais est le résultat de la réflexion et de l’étude des grands maîtres »

Edgar Degas

 

Epris de modernité et admirateur de la vie urbaine, Degas est un observateur sceptique et sans illusions, qui cherche à exprimer dans ses tableaux une certaine incohérence, une amertume et une certaine incompréhension des situations qui lui sont données de voir.

Issus de la bourgeoisie, il n’a pas besoin de vendre des tableaux pour vivre, Degas exécute ce qu’il souhaite, sans commande particulière. Il va travailler énormément la danse. Il y voit ici en dehors de la magie, l’observation du mouvement rapide et une vaste composition spatiale. Il s’attarde à représenter le dialogue existant entre la féérie des costumes et des spectacles et la situation sociale misérable des danseurs. Cet art que la bourgeoisie va pouvoir s’offrir est un véritable lieu d’observation des rapports humains et des rapports contradictoires entre art, travail et monde des affaires – bourgeoisie.

Dès le début de l’altération de sa vue – à partir de 1870 – Degas va s’adapter à cette nouvelle contrainte. En plus de la peinture, il commence une activité de sculpteur, de photographie à la fin du XIXe siècle et de pastelliste à la fin de sa vie. Sa faible vue ne lui permettant plus de travailler l’huile qui lui demande trop de minutie.

Ce qui le lie au mouvement des Impressionnistes, c’est vraisemblablement son esprit frondeur, anarchiste parfois, en tout cas anticonformiste, son goût pour la modernité et le désir d’une peinture contemporaine. C’est moins ses conceptions artistiques qui sont très souvent en opposition avec celles des Impressionnistes. Il dénigre le travail à l’extérieur. Emmener son chevalet dans les forêts afin de capter la lumière extérieure n’est absolument pas son cheval de bataille. Lui, il préfère se renfermer dans un atelier et travailler la lumière chancelante artificielle – lampe à gaz.

Cet artiste laissera derrière lui plus de 2000 tableaux à sa mort.

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Edgar Degas – Faux départ sur l’hippodrome du Vésinet – 40X32cm

Degas et son intérêt pour la danse et l’opéra :

L’intérêt d’Edgar Degas pour les danseuses révèle une obsession pour l’univers féminin qui croit avec l’âge et que partage la société de l’époque comme en témoigne le succès que ses œuvres ont et les bonnes critiques de la part des professionnels d’art de son temps. Les gestes ordinaires des danseuses charment véritablement Degas non seulement pour leur naturel mais aussi car ils lui rappellent des œuvres d’inspiration antique.

Degas privilégie des instants insolites plutôt qu’une posture trop symétrique. Cette quête atteint un somment dans ses sculptures où Degas représente des figures isolées de danseuses sans se soucier de les rendre gracieuses comme elles le sont sur scène.

La Danseuse regardant sa plante de son pied droit reflète le dualisme esthétique de l’artiste, entre vérité et classique. Ce sujet évoque une autre œuvre Le Tireur d’épine, type statuaire, représentant un adolescent en train d’ôter une épine de son pied, œuvre qui a largement inspiré de nombreuses représentations en bronze. Les pieds sont si précieux pour une danseuse : fragiles lorsqu’elle marche, douloureux lorsqu’elle travaille. La position incommode de la danseuse qui s’appuie sur un mur imaginaire à l’aide de son bras gauche.

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Le Tireur d’épine – Ie siècle avant J-C-. – bronze – 73cm

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Edgar Degas – La Danseuse se regardant la plante de son pied droit – bronze – 48cm

Peintre, dessinateur, sculpteur, photographe, Degas se révèle être un misanthrope anticonformiste à sa manière, Fasciné par l’Opéra et la société qui y habite, Il a posé un regard nouveau sur la danse et les danseurs. A partir de 1870, il devient un peintre en coulisse. La raison première pour laquelle il a décidé de fréquenter assidûment l’Opéra c’est sa véritable passion pour la musique. Ce qui l’a amené à observer et étudier l’art en général à l’Opéra et toutes les couches sociales qui fréquentaient ce lieu. Ce qui l’intéressait plus particulièrement, c’était l’envers du décor, le labeur des répétitions. Il était abonné à un titre qui lui permettait l’accès aux coulisses afin de procéder à l’observation des danseurs/danseuses. Il était en quête de vérité. Ces visites du public en coulisses étaient possibles au XIXe siècle, mais de nos jours, cela reste exceptionnel : visites privées et en petit groupe.

En réalité, la démarche de l’artiste était de voir la réalité de ce qu’il se passait à l’Opéra. Il voulait regarder par le trou de la serrure. Il a donc vu des corps – choses non dévoilées dans la société de cette époque là. Ce qui est fascinant c’est qu’il a su traduire par un dessin le mouvement. Les danseuses ne sont pas figées et présentent une diversité de poses. Elles peuvent être abandonnées dans des positions ou exténuées. Il ne montre pas tant la danse comme un spectacle, que le dur travail ce qui échappe au public : les répétitions, les temps de pauses, les mimiques. Il y a un des tableaux où une danseuse se masse la cheville, où les danseurs mettent leurs chaussons, une danseuse remettant sa bretelle à son tutu.

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Edgar Degas – La danseuse assis se massant la cheville – 1878 – pastel et fusain sur papier brun – 44.8X31.1 cm

 Il a codifié ce qu’était la danse, et a donné une identité de cet art scénique à son époque. On sait par le biais de Degas comment les danseuses étaient vêtues.

 

Certains gestes de la danse représentés par Degas sont immuables, Les jeunes filles qui se massent les chevilles, rajustent les bretelles de leurs tutus…

Elisabeth Platel

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Edgar Degas – Danseuses en bleus – 1893 – musée d’Orsay

Il va observer aussi toute la structure sociale comme un véritable ballet. Il voit aussi l’origine sociale des danseurs. Qui étaient les petits rats ? En réalité, des filles très jeunes, assez pauvres, d’origine populaire en tout cas, afin d’elles accèdent à un contrat de travail. Les mères – ou mères maquerelles, pouvant être les mères, les tantes ou les grandes sœurs – cherchaient à inscrire plusieurs de leurs « filles » à l’Opéra pour avoir un protecteur. L’Opéra de Paris rapportait en réalité qu’un maigre salaire pour la famille. Le fait est que l’on peut traduire cela par un certain marché d’esclave de l’Opéra de Paris. Il y avait des abonnés (que l’on voit dans les tableaux de Degas) qui avaient le droit d’entrer quasiment partout et venaient faire leur marché érotique – par une décision de 1831, l’administrateur Louis Véron avait autorisé l’accès aux coulisses et aux salles de répétitions pour les abonnés. La majorité sexuelle était à 13 ans à l’époque. Ces abonnés sont les fameux hommes vêtus de noir et coiffés de haut-de-formes, personnages que l’on retrouve aisément sur les toiles de l’artiste. Tout cela se traduit donc par une sorte de marchandage d’un droit de cuissage. Quoiqu’il en soit, l’univers du Ballet et de l’Opéra se révèle être un univers masculin. Les danseuses doivent alors bien se faire voir au minimum du directeur du théâtre, du metteur en scène, du chorégraphe et du maître de ballet. Tout cela change au XXe siècle, où l’accès aux coulisses est interdit, les professeurs laissent la place aux professeures de danse.

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Edgar Degas – L’attente ou la présence de la mère maquerelle – 1882 – huile sur toile

Un autre exemple de sculpture très célèbre La petite danseuse de 14 ans en cire

Cette sculpture sera reproduite à de nombreuses fois en bronze par la suite. Le public la trouve laide, la traite de singe, ne correspondant pas aux canons esthétiques de son époque. On attend des artistes qu’ils montrent la beauté féminine, la grâce, l’harmonie. Par ailleurs, elle est en cire, d’un point de vue esthétique, c’est un matériau non noble a contrario du bronze ou du marbre. Le public a l’impression qu’on se moque de lui en lui présentant une certaine poupée habillée avec son tutu. Cette Petite Danseuse de 14 ans n’évoque aucune sensualité. Elle est au repos. Son corps n’est pas aboutit, la poitrine est inexistante et les épaules ne sont pas jolies. Elle est dans la réalité de cette enfance inaboutie.

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Egard Degas – La petite danseuse de 14 ans – 1875 – cire

En tout près de 1000 toiles sont consacrées à l’univers de l’Opéra et de la Danse. Degas a certainement créé un lien entre l’univers exigeant de la danse tant au niveau physique que mental, et l’univers méticuleux et très précis d’un peintre, soignant ainsi la qualité des tracés et des colorants qu’il applique. Edgar Degas fait preuve d’un réalisme inouï. Les mouvements des danseuses restent fidèles à la réalité, et ces tableaux font encore référence en la matière. A l’instar du tableau Le Foyer de la danse à l’Opéra de la rue Le Peletier, réalisé en 1872 et représentant le travail des « petits rats » de l’Opéra.

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Edgar Degas – Le Foyer de la danse à l’Opéra de la rue Le Peletier – 1872 – huile sur toile

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Edgar Degas – La leçon de danse – 1871 – huile sur toile – 85X75 cm – Musée d’Orsay

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Edgar Degas – Danseuse sur scène – 1876 – huile sur toile – 44X60 cm – Musée d’Orsay

A gauche : Edgar Degas Danseuse grande arabesque – bronze

A droite : Edgar Degas – Danseuse position 4e devant la jambe gauche – bronze

Article téléchargeable en PDF –> Edgar-Degas

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