Le tour de la Drôme en 72 heures …

Ça a débuté comme ça … un certain mercredi d’août. Nous sommes partis à la conquête du Sud pour découvrir la Drôme provençale. En sortant de l’autoroute du soleil, nous atteignîmes notre terrain de jeu et de découverte, entre Romans sur Isère et le Sud du département drômois. Un séjour ensoleillé avec en arrière-plan le Vercors et le massif alpin. Entre collines et éperons rocheux, entre plaines et vallée du Rhône, nos pas nous ont guidé au travers d’une courte exploration où bâti, nature et dégustation ont été au rendez-vous de notre escapade de 3 jours dans la Drôme.

Au milieu des vignes de la cave de Tain.

Nulle visite de ce petit coin de paradis sans une halte dans un vignoble. Et pas n’importe lequel. Nous avons choisis de venir explorer les Caves de Tain sur la commune de Tain-l’Hermitage. Ici, depuis 1933, l’appellation se greffe aux pentes abruptes du relief. Fondé par Louis Gambert de Loche, la cave de Tain et son appellation font la fierté de ce cépage à renommée presque mondiale. Aujourd’hui, le parcellaire compte environ une trentaine d’hectares dont 50% réservés à la production du Crozes ; le reste pour le Saint-Joseph, l’Hermitage, le Saint-Péray et le Cornas. Des vins à fort caractère avec un seul cépage : le Syrah.

Ici, la vigne est choyée. Avec le soleil, chaque grain est gorgé de sucre. Sur ce sol granitique à forte pente, les propriétaire ont construit de nombreux murets pour soutenir le peu de terre, utile pour que les pieds de vignes s’y greffent. Tout se fait à la main : l’entretien des sols pour enlever les mauvaises herbes, l’utilisation du cheval pour passer entre les rangs des vignes. Un certain retour à l’ancien monde où une certaine conscience écologique se met au service de cette agriculture et de cette viticulture.

« Ceux qui s’y engagent, le font avec une foi viscéralement chevillée au corps ».

Cave de Tain

Tout est passé au crible pour respecter une charte d’exigence afin de tirer le meilleur parti des terres. L’épaisseur de la peau des grains est surveillée. Pour les vignerons c’est un gage de qualité. En 2020, les conditions climatiques ont été particulièrement sèches et chaudes avec un faible taux hydrique dans les grains de raisins. Cela a donc favorisé le taux de sucre dans les grappes, ce qui fait que ce terroir est marqué par les tanins.

« Une philosophie empreinte de respect de ses terroirs, de ses vignes et des hommes qui y travaillent. La cave de Tain obtint en 2009 la certification « vignerons développement durable ». Pour fêter ses 10 ans, la coopérative sort deux cuvées bio, un Saint-Joseph et un Crozes-Hermitage. Ces deux cuvées possèdent des notes de fruits noirs, d’épices, de poivre blanc et de réglisse ».

Philippe Richard, caves de Tain.

Depuis une dizaine d’année, l’oenotourisme se développe ici. L’association « Terres de Syrah » propose alors des balades dans les vignes et dans les caves afin de faire découvrir ce savoir-faire et ce savoir-être des viticulteurs, vignerons et propriétaires soucieux d’un travail bien fait. Du raisin à la vinification, tout un cheminement jusqu’à la dégustation finale. La magie vinicole s’opère au cœur de ces caves.

La cité du chocolat de Valrhôna.

Quoi de mieux qu’une belle association vin-chocolat. Cela tombe bien, située sur la même commune, à seulement quelques dizaines de kilomètres de la cave de Tain, ce trouve une autre attraction, une autre institution, une autre adresse incontournable : la cité du chocolat de Valrhôna (Vallée du Rhône et Chocolat)

Ici, l’obsession première est d’éduquer chacun à manger intelligemment du chocolat en valorisant les savoir-faire. En France, de nos jours, l’engouement pour la gastronomie et ses métiers permettent de mettre en lumière ce type d’infrastructure. Offrant au même endroit, un musée, une boutique et une vitrine sur la manière dont on réalise le chocolat, Valrhôna est un incontournable de la région.

Pour info, Valrhôna possède des filiales à New-York, Tokyo, Barcelone ou encore en Italie. Mais la maison-mère reste dans la Drôme, et participe ainsi à la renommée du territoire.

Ouvert depuis octobre 2013, on vous invite à mettre la main à la pâte, pour une plongée dans le monde fascinant du chocolat. Gourmandise, réconfort, savoir-faire sont au programme de cet instant magique. Une suspension dans le temps pour un moment enveloppé de chocolat. Des fèves de cacao jusqu’aux créations, l’exploration se fait par tous les sens : la vue, le toucher, l’odorat et le goût. Ne ressortez pas d’ici sans vous faire plaisir à la boutique en rapportant dans votre foyer quelques instants gourmands.

Pour en rassurer certains, nous ne sommes pas venus ici uniquement pour nous remplir l’estomac de mets du sud. Le patrimoine bâti et naturel, riche dans cette région, nous a aussi emporté. Nous sommes allés à la rencontre de deux lieux emblématiques de la Drôme, bien au Sud, perchés sur des éperons rocheux : le premier Grignan, le second la Garde-Adhémar.

Le château de Grignan.

Quelle est cette bâtisse semblant posée là sur un promontoire, dominant le reste de la vallée ? C’est bel et bien le château de Grignan, un rescapé, un phoenix, un joyau de l’art de le Renaissance et de l’art Classique.

Ce Palais renaissance en ensorcelle plus d’un. A commencer par la plus célèbre de ses visiteuse : la Marquise de Sévigné. Mais avant de vous conter son histoire, revenons un peu en arrière.

c-Médiathèque de la ville de Grignan

Historiquement parlant, Grignan voit le jour au XIe siècle, où une tour défensive est créée. C’est là que l’on trouve la première trace d’un castrum dans un cartulaire de 1035. L’idée étant de pouvoir défendre les terre de l’Empire sur la rive gauche du Rhône contre les territoires aux portes de l’Italie et de l’Allemagne. Pour le nom de ses propriétaires, c’est facile à retenir. Du XIe jusqu’au XVIIIe siècle, une seule famille possédait les lieux, la famille des Adhémar. Riches seigneurs de la région, ils possédaient bon nombre de demeures. Certains héritiers iront même s’implanter aux Etats-Unis lors des campagnes militaires de La Fayette. De la première tour austère à la riche demeure devant nous, il y a eu du changement. Et ce changement s’est opéré dès la Renaissance, entre 1540-1560, où l’on perce de grandes ouvertures, on aménage le site pour en faire une demeure de plaisance. Un siècle plus tard, au XVIIe siècle, François de Grignan, seigneur des lieux, embellit le château. Très proche du roi Louis XIV, il souhaite soigner les réceptions en l’honneur de ce dernier. La période révolutionnaire sera extrêmement sévère envers le château qui sera purement et simplement démantelé en 1794, ne laissant que des parties en ruines. En 1838, avec la création de la liste des Monuments Historiques et le souci de Prosper Mérimée et Ludovic Vitet de la sauvegarde du patrimoine en France, on voit apparaître à Grignan le premier conservateur du château, ce qui stoppe le démantèlement. Le renouveau du château, on le doit à une personne, une femme. En 1912, Marie Fontaine, rachète le château et décide de la reconstruire entièrement. Les travaux durent jusqu’en 1937. Les héritiers de Marie continuent son œuvre jusqu’en 1979, date à laquelle, le conseil départemental de la Drôme le rachète pour transformer le lieu dès 1980 en château-musée. Aujourd’hui encore, des travaux de restaurations sont opérés. Une dernière tranche est prévue jusqu’en 2026 pour réhabiliter la façade nord-ouest, dite ancienne façade des Prélats. C’est véritablement le dernier ¼ du château qui est encore aujourd’hui à l’état de ruines. Le but étant de terminer les travaux de Marie Fontaine commencer en 1912.

c-Gallica-BNF

Deux femmes tombèrent amoureuses de ce lieu singulier. La première et non des moindres, se nomme la Marquise de Sévigné. Elle écrira sur le château que « l’air de Grignan vous gourmande et vous tourbillonne ». Mais quel est le lien entre ce site et la marquise ? En réalité, la fille de la marquise a été mariée avec le comte de Grignan. De ce fait, la marquise a effectué trois longs séjours au court de sa vie afin de voir sa fille. Mais imaginez-vous les conditions de déplacement de l’époque. Il fallait 10 jours de calèche pour rallier Paris à Grignan. De ce fait, les séjours duraient entre 10 et 16 mois chacun. Au total, la marquise de Sévigné est venue plus de 4 ans de sa vie à Grignan dont son dernier séjour entre 1694 et 1696 jusqu’à un certain 17 avril 1696 où elle meurt au château. Lorsqu’elle était loin de sa fille, à Paris, elle entretenait avec elle une riche correspondance encore conservée aujourd’hui. Au total, plus de 1120 lettres authentifiées ont bravé les affres du temps, dont 768 à destination de sa fille, le reste étant une correspondance avec des intellectuels de l’époque. D’ailleurs, pour les amoureux des belles lettres, sachez que 8 d’entre-elles sont conservées au château et sont consultables sur demande.

c-Médiathèque de la ville de Grignan

L’autre femme qui a dévolu une partie de sa vie au château est Marie Fontaine. Entre 1912 et 1937, séduite par le site et son magnifique panorama sur le Mont Ventou depuis les terrasses, elle fait renaître, tel un pheonix de ses cendres, le château du violent démantèlement commencé à la Révolution Française et poursuivi au début du XIXe siècle. A l’aide de croquis, d’archives, de plans et de photographies, elle remonte, pierre par pierre, les parties manquantes de ce joyau de l’art de la Renaissance. Elle réaménage les salles dans le même goût de l’époque. Papier-peint, mobilier, tapisserie, … tout y passe pour redorer le blason de cette magnifique demeure. A l’aube de la seconde guerre mondiale, aucune crainte à avoir sur de potentiels dégâts causés par les Allemands qui s’en désintéressent, trouvant l’endroit peu habitable. Les héritiers de Marie Fontaine, eux, s’y réfugient, ce qui le sauve d’une autre campagne de destruction.

c-Jean-Louis-Zimmermann

Depuis, à l’intérieur, les visiteurs peuvent admirer de très belles collections de mobiliers provenant de plusieurs lieux comme la collection municipale de Grignan, des collections du château de Suze-la-Rousse situé également dans la Drôme ou encore des héritiers de Léopold Faure, propriétaire du château entre 1838 et 1883. Des tapisseries d’Aubusson du XVIIe siècle, des mobiliers classiques, des papier-peints extraordinairement fidèles, tout est fait pour recréer l’ambiance d’il y à 3 ou 4 siècles.

c-Jean-Louis-Zimmermann

Le cadre idyllique de ce château et de son village a séduit bon nombre d’artistes. Des peintres de la période romantique se sont emparés des lieux pour coucher sur toile les vues de Grignan. Plus proche de nous, il a été le cadre d’un tournage de film avec Arielle Dombasle et Laetitia Casta pour « les âmes fortes » en 2000.

Grignan, Suze-la-Rousse et Montélimar sont les trois châteaux appartenant au conseil départemental de la Drôme. Lieux à visiter absolument si vous passez dans la région. Pour Grignan, demandez, les yeux fermés, Fabienne ou Renée, spécialistes du château, intarissables sur le sujet de Grignan, des Adhémar ou encore de Madame de Sévigné.

En parlant des Adhémar, nous sommes partis à l’ascension de la Garde-Adhémar.

A 20 kilomètres de Montélimar, le village perché de la Garde-Adhémar est classé parmi les plus beaux villages de France.

Du haut de son éperon de calcaire, ce village de la Drôme provençale a gardé tout son charme. Remparts médiévaux, vestiges du château, anciennes maisons historiques … un dépaysement garanti. Ici, on surplombe toute la région avec une vue imprenable sur la vallée du Rhône et les monts du Vivarais.

En terrasses, sous l’église Saint-Michel du village, par ailleurs classée Monument Historique, accrochés à l’éperon, des jardins d’agréments, de plantes aromatiques, potagères et médicinales. Baladez-vous au cœur de 200 espèces qui illuminent ce petit coin de calcaire. Un vrai coup de cœur pour ce piton rocheux et son charme indéniable où vivent à l’année environ 1200 habitants

En poussant une grille, ici et là, vous trouverez bon nombre d’ateliers d’artistes et d’artisanat d’art. Il faut se perdre dans les ruelles de cette cité de caractère pour les dénicher. Les trouvailles n’en sont que meilleures.

Le Val des Nymphes.

Non loin du village, à deux ou peut-être trois kilomètres, le val des Nymphes. Il faut le dénicher pour découvrir un endroit mystique. A l’ombre d’une végétation qui est ici reine, chênes et cerisiers sont rafraîchis par une source jaillissant d’un rocher. Dans les temps reculés de l’histoire du lieu, mythes et légendes fourmillent. Druides ou encore mages venaient ici célébrer des cultes pour la fécondité et la prospérité. Au milieu tout cela, solidement bâti, la chapelle Notre-Dame reste le seul bâtiment minéral. Un lieu paisible où il fait bon de venir pour se rafraîchir après notre escapade à la Garde-Adhémar où le soleil était roi. Ici, ombre, fraîcheur et source d’eau nous procurent un instant suspendu, un instant de répit, un instant de ressourcement.

Palais idéal du facteur cheval

Il existe des lieux absolument fous dans la vie, à découvrir. Le Palais idéal du facteur cheval en fait littéralement partie.

Au commencement il n’y avait qu’un jardin potager et l’esprit fou, créatif, dérangé, singulier du facteur Cheval. D’aucuns choisiront l’adjectif qu’il convient de lui attribuer. Lors de ses tournées de facteur en journée, ce qui représente environ 30 à 40 kilomètres, son esprit s’égare, vagabonde à des idées créatrices. Un jour, son pied bute sur une pierre. Il la regarde de plus près. C’est le début de son aventure. Après sa tournée, le soir venu, il refait le même trajet avec sa brouette afin de pouvoir récupérer les pierres qu’il avait repéré le jour. Revenant dans son jardin potager, il commence à les entasser et à construire une architecture et des animaux. C’est le début d’un grand chantier qu’il terminera à l’âge de 75 ans afin de nous proposer sa vision de ce qu’est un palais idéal. Un lieu emblématique.

« Je l’ai construit suite à un rêve ».

Facteur Cheval

Ce génie créateur a profondément marqué de son empreinte son époque. Ici, ce qui lui plaît, c’est de mélanger les sources de vie, les cultures, les croyances pour ne concevoir qu’un palais qui serait alors l’addition de tout cela. Il s’inspire alors de mythes, d’architecture proche et lointaine afin de mixer le tout dans une création unique. Lettré, il pouvait lire et voir les photographies de châteaux, temples, maisons, … dans les revues qu’il distribuait lors de ses tournées. La richesse de son palais réside en la pluralité de références du monde entier. En plus des personnages et animaux présents absolument partout, le facteur Cheval a gravé des phrases. Comme un génie de communication, il nous laisse des messages gravés dans les pierres de son édifice : « travail d’un seul homme », « 33 ans de travail ».

Le facteur Cheval

Ce qui est le plus fou, c’est qu’il avait tout prévu. L’ouverture au public en 1905, le livre d’or à disposition pour recueillir les témoignages et les signatures des visiteurs, un belvédère pour que ces derniers puissent avoir un point de vue général sur le palais. Un sens touristique avant l’heure.

Il commence par la façade est et va tourner autour de sa création comme une boussole pour terminer avec la façade Nord. Rapidement, son petit jardin potager est trop petit pour sa création. Il décide alors de racheter des parcelles environnantes afin d’agrandir son terrain de jeu.

En pétrissant ce rocher de 26 mètres longueur sur 12 de largeur sur 12 de hauteur, il a réussi à prouver ce qu’était la volonté. Une belle aventure qui lui prendra 33 ans de sa vie pour l’édification de son Palais idéal dans lequel il souhaitait demeurer après sa mort. Il laisse graver dans la pierre la mention « ici, j’ai voulu dormir ». Sa demande fut refusée par les autorités. Le facteur Cheval se mit alors en ordre de marche pour son ultime création : son tombeau dans le cimetière municipal, une œuvre à part entière des plus abouties. Dans tous les cas, son rêve de réalisation d’un palais idéal est devenu alors réalité.

Non loin de ce tombeau – dont vous pouvez voir les photos ci-dessus – se trouve un petit salon de thé brocanteur dénicheur d’objets d’art, un savant mélange pour le plaisir des yeux et pourquoi repartir avec un souvenir de cette mémorable découverte de la ville de Hauterives.

Gastronomie-dégustation, patrimoine bâti, nature dépaysante, lavandes, chant des cigales et soleil … pas de doute, la Drôme nous a conquis. Un petit goût de « revenir » se fait sentir. L’occasion, dans une prochaine épopée, de vous conter plus en détails la cité du chocolat, le palais idéal du facteur cheval et de vous faire découvrir également le grand musée de la chaussure à Romans-sur-Isère, une institution entre patrimoine et savoir-faire. Sans conteste, une belle destination.

Johnatan Savarit

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