Les dessous des couleurs

La symbolique des couleurs – Michel Pastoureau – le petit livre des couleurs

Il est d’un monde où les significations sont nombreuses, où gratter le vernis est nécessaire afin d’en appréhender le sens de ce qu’on recherche. Les couleurs en font partie. Derrière chacune d’entre elle, se dissimulent bien des symboliques.  Découvrez ce qui se cache derrière votre couleur préférée. Analysez les différentes pistes des couleurs composant une oeuvre d’art. Apprenez que rarement une couleur n’est ni à 100% positive, ni à 100% négative, ni noire ni blanche mais composée de nuances de gris. Retrouvez le fichier PDF de cet article en bas de page. Merci à Michel Pastoureau, historien, passé maître dans la symbolique des couleurs au Moyen-Âge

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Sommaire :

Le bleu :

Le rouge :

Le blanc :

Le vert :

Le jaune :

Le noir :

Le bleu :

Dans l’antiquité, le bleu n’est pas vraiment considéré comme une couleur. Seuls le blanc, le rouge et le noir ont ce statut. A l’exception de l’Egypte, le bleu est l’objet d’un désintérêt. Le bleu est difficile à fabriquer et à maîtriser. A Rome, c’est même la couleur des barbares, de l’étranger. A cette époque avoir les yeux bleus pour une femme c’est signe de mauvaise vie, pour un homme une marque de ridicule. Les textes bibliques utilisent peu de mots pour les couleurs. Ce sont les traductions en latin qui les font apparaître. Là où l’hébreu dit riche le latin traduit rouge ; pour le sale, on parle de gris ou de noir ; pour l’éclatant on dit pourpre. A l’exception du saphir, il y a peu de place pour le bleu. Cette situation perdure jusqu’au Moyen-Âge. C’est au cours des XIIe et XIIIe siècles que tout bascule, et on voit réhabiliter le bleu. Ce n’est pas a priori grâce à des progrès de fabrication de ce pigment. C’est un changement des idées religieuses : le dieu des chrétiens devient un dieu de lumière, et la lumière devient alors bleue. On commence à peindre les ciels en bleus alors que jusque-là ils étaient peints en blanc, noir, rouge ou doré. Au travers le culte marial, le bleu est prédominant : le manteau de la Vierge. Deuxième raison de cette réhabilitation de cette couleur : on veut, dans cette deuxième partie du Moyen-Âge, classifier les gens. C’est courant XIIe siècle qu’apparaissent les armoiries, les noms de famille, les insignes. Jusqu’alors trois couleurs étaient utilisées – blanc, rouge et noir – insuffisant pour créer des combinaisons multiples. Apparaissent alors le bleu, le vert et le jaune. On a donc 6 couleurs à ce moment précis. L’abbé Suger pour Saint-Denis utilise énormément le bleu comme pigment. Pour les vitraux, on utilisera le cafre – appelé ensuite cobalt. Ce bleu sera ensuite diffusé au Mans, à Chartres et à Vendôme. On parlera même de bleu de Chartres.

Le bleu se répand partout : dans les vitraux, les œuvres d’art mais aussi dans la société. Le roi de France adopte cette couleur – en lien direct avec le culte marial – comme Philippe-Auguste ou Saint-Louis. Ainsi, le bleu stimule l’économie : la commande de guède (ou pastel) explose. Cette plante mi-herbe mi arbuste devient l’élément d’une culture industrielle et fait la fortune des régions comme Thuringe, la Toscane, la Picardie ou encore Toulouse. Une véritable guerre oppose alors le rouge et le bleu.

Au XVIIIe siècle, il devient la couleur préférée des Européens. Dans les années 1720, un pharmacien de Berlin invente par accident le fameux bleu de Prusse qui va permettre aux peintres et aux teinturiers de diversifier leur gamme de bleus. S’impose, au détriment du pastel, le bleu indigo venu des Antilles, moins cher car fabriqué par des esclaves. Cela provoque la crise dans les anciennes régions de cocagne, Toulouse, Amiens. Les villes comme Nantes et Bordeaux, au contraire, vont s’enrichir car ce sont les ports par lesquels l’indigo arrive des Antilles.

En 1850, un vêtement va encore lui donner un sacré coup de pouce pour perdurer : le jean. Inventé à San Francisco par un tailleur juif Levi-Strauss, cette grosse toile teinte à l’indigo est le premier bleu de travail. L’indigo est très facile à travailler, même à froid il pénètre facilement les fibres de tissu. Il faudra attendre 1930 pour que le jean devienne un vêtement de loisirs aux Etats-Unis.

Côté politique, le bleu a aussi acquis une signification : les Républicains s’opposant aux monarchistes et leur blanc et aux religieux avec le noir. Après la première guerre mondiale, il est devenu conservateur. Les organismes internationaux : ONU, Unesco, Conseil de l’Europe, Union européenne … ont tous choisi le bleu comme emblème, cela fait consensus.

Aujourd’hui quand les gens affirment aimer le bleu, c’est qu’ils veulent être rangés parmi les gens sages, les conservateurs, ceux qui ne veulent rien révéler d’eux-mêmes. C’est la couleur la plus raisonnable de toutes.

Le rouge :

Le rouge est une couleur orgueilleuse, pétrie d’ambitions et assoiffée de pouvoir. Il y a aussi une face cachée du rouge : mauvais sang, le rouge méchant, héritage de violences, de crimes et de péchés. Elle devient fascinante et brûlante comme les flammes de Satan. On a à faire à une couleur qui cache sa duplicité.

Dans l’Antiquité, la couleur rouge était la seule digne de ce nom. Très tôt on a maîtrisé les pigments rouges : dès – 35 000 ans. L’art Paléolithique utilise le rouge obtenu notamment grâce à la terre ocre-rouge. Au Néolithique, on exploite la garance, cette herbe aux racines tinctoriales. Puis on s’est servi de certains métaux comme l’oxyde de fer. Dans l’Antiquité, le rouge est celui du pouvoir : le dieu Mars, les centurions, certains prêtres sont vêtus de rouge. Cette couleur s’impose car elle renvoie à la fois au sang et au feu. Le rouge feu c’est la vie, l’Esprit saint de Pentecôte ; mais c’est également la mort, l’enfer, le rouge des flammes de Satan, le sang versé par le Christ. Dans l’Ancien Testament, le rouge est tantôt considéré comme l’interdit et la faute, tantôt à la puissance et à l’amour.

A Rome, le rouge fabriqué provient d’une substance colorante appelée Murex, un coquillage rare récolté en Méditerranée et qui est réservé à l’empereur et aux chefs de guerre.

Au Moyen-Âge, cette couleur disparaît, en raison de l’épuisement du Murex en Palestine et Egypte. On utilise alors le kermès, ces œufs de cochenilles qui parasitent les feuilles de certains chênes. La garance, quant à elle, est plus utilisée par les couches sociales moins importantes, voire la paysannerie. Un rouge bien vif est caractéristique d’une marque de puissance. A partir du XIIIe et XIVe siècle, le pape, voué au blanc, se met à porter du rouge. Les cardinaux également.

L’histoire du petit chaperon rouge, dont la version la plus ancienne remonte à l’an Mille, la fillette est en rouge. Certains historiens affirment que les enfants étaient habillés en rouge pour mieux les repérer ; d’autres estiment que le rapport est religieux : l’action se situe le jour de la Pentecôte et de la fête de l’Esprit saint, dont la couleur liturgique est le rouge. Des psychanalystes font écho du sang versé par la fillette quand elle se retrouve au lit avec le loup. Pour Michel Pastoureau la raison est ailleurs. L’enfant rouge porte un pot de beurre blanc à une grand-mère habillée en noir : on retrouve alors le système ancien des trois couleurs : noir, blanc, rouge. C’est la même chose dans Blanche-neige, où elle croque dans une pomme rouge apportée par une sorcière noire. Le corbeau noir lâche son fromage – blanc – à un renard rouge.

Il existe aussi des difficultés de teintures liées à la réglementation de la profession. Certains teinturiers en ville n’avaient de licence que pour le rouge (avec autorisation de teindre aussi en jaune et en blanc) ; certains avaient la licence que pour le bleu (avec autorisation de teindre en vert et en noir). A Venise ou à Milan, les spécialistes du garance ne peuvent travailler le kermès alors que nous sommes sur la même couleur.

Pour les réformateurs protestants, le rouge ne plaît pas, il est immoral. Cela se réfère à un épisode de l’Apocalypse de Saint-Jean, où on raconte comment sur une bête venue de la mer chevauchait la grande prostituée de Babylone vêtue d’une robe rouge.

Au début du XVIe siècle, les hommes ne s’habillent plus en rouge, excepté les cardinaux. On assiste aussi à un chassé-croisé entre le bleu qui était considéré comme féminin au Moyen-Âge – en lien direct avec les vêtements de la Vierge – et que le rouge était considéré comme masculin – signe de pouvoir et de richesse – les couleurs s’inversent. Le bleu est masculin, plus discret, le rouge vire féminin. Le rouge restera la couleur de la robe de mariée jusqu’au XIXe siècle. Le rouge décrivant alors les deux côtés de l’amour : le divin et le péché. Longtemps on a accroché des lanternes rouges devant les maisons closes, les prostituées devaient porter une pièce de textile rouge pour qu’on les reconnaisse.

Le rouge s’est trouvé dans le drapeau des révolutionnaires pour destituer Louis XVI et Louis-Philippe. On retrouve également cette couleur dans le drapeau de la Russie soviétique et de la Chine communiste.

Le rouge aujourd’hui est symbole de fête : luxe, noël, spectacle où les salles de théâtre et d’opéra sont rouges. Le rouge est symbole d’interdiction ou d’alerte : panneau, carton rouge, drapeau rouge, feux rouges, alerte rouge, téléphone rouge.

Le blanc :

Le blanc est-ce une couleur ou non ? Ce débat est moderne, car dans la conception de l’Antiquité et du Moyen-Âge, le blanc faisait partie des trois couleurs de base : blanc, rouge et noir. En peinture et en teinture, le blanc était souvent la teinte du support avant qu’on l’utilise. C’est par l’intégration du papier comme support principal – notamment textes et images – que le blanc se voit considérer comme le degré zéro des couleurs ou comme son absence de couleur. Aujourd’hui, le blanc fait partie des couleurs. On va même jusqu’à distinguer le mat du brillant. Autrefois, la distinction entre mat et brillant, clair et sombre, lisse et rugueux, dense et peu saturé, était souvent plus importante que les différences entre couleurs.

De nos jours, le blanc est associé à l’absence : chèque en blanc, j’ai un blanc, balle à blanc, nuit blanche, page blanche, voix blanche ….

Le blanc est aussi associé à la pureté et à l’innocence. Dans la nature, la neige saupoudre le paysage d’une couleur monochrome. La neige suggère donc la pureté, la sérénité et la paix. Brandir un drapeau blanc lors de bataille pour demander l’arrêt des combats. Depuis le XVIIIe siècle, les femmes portent une robe blanche lors de leur mariage. (Remplaçant ainsi le rouge).

Concernant l’aspect propreté, toutes les étoffes qui touchaient le corps (draps, toilette) se devaient d’être blanches. Le blanc reste encore aujourd’hui signe de propreté : les réfrigérateurs et les baignoires sont très souvent de couleur blanche.

Dans la tradition sacrée, Dieu et les anges sont souvent représentés en blanc. Ce symbolisme autour de cette couleur s’est renforcé avec l’institution en 1854 du dogme de l’Immaculée Conception : le blanc étant la deuxième couleur de la Vierge. Les souverains aussi ont adopté le blanc : la cocarde, l’écharpe royale, étendard, le panache et le cheval d’Henri IV. Le blanc est révélateur de votre position sociale aussi : lorsque les paysans travaillaient aux champs, ils avaient le teint halé ; par conséquent les aristocrates se devaient d’avoir une peau très blanche.

En Occident, de nos jours, la blancheur de notre peau peut faire référence à un caractère d’innocence, de propre, de pur voire même de divin. Les Asiatiques voient dans la blancheur des Européens une évocation de la mort, l’homme blanc a un teint si morbide qu’il est réputé selon eux sentir véritablement le cadavre.

Le blanc est aussi associé aux fantômes et aux revenants qui réclament justice et sépulture. Dès l’antiquité, les spectres sont décrits en blancs. Aujourd’hui encore, dans une BD, les fantômes sont toujours blancs.

Le blanc réunit les extrêmes : la jeunesse et la vieillesse. (Cheveux, linceul blanc, l’innocence du berceau). En Asie et en Afrique, le blanc est la couleur du deuil.

Le vert :

Le vert est une couleur médiane, non violente, paisible. Jusqu’au XVIIe siècle, pourtant, le vert est une couleur à caractère transgressif et turbulent. Le vert est facile à obtenir : feuilles, racines, fleurs, écorces, peuvent servir de colorants verts. Mais stabiliser le colorant est très difficile. Les nuances de verts tiennent mal au textile et en peinture : matières végétales comme l’aulne, le bouleau ou l’épinard ; artificielles comme le vert de gris s’obtenant en oxydant du cuivre avec du vinaigre, de l’urine ou du tartre. Le vert est la première couleur qui tend à disparaître face à la lumière.

Symboliquement, du fait de son instabilité, le vert est la couleur du hasard, du jeu, du destin, du sort et de la chance ; elle représente ce qui bouge, qui change, qui varie. Au Moyen-Âge, les bouffons, les jongleurs et les chasseurs s’habillaient en vert.

Dès le XVIe siècle, dans les casinos de Venise, on jette les cartes sur un tapis vert. Au XVIIe siècle, à la cour, on joue sur des tables vertes. Aujourd’hui, les tables des conseils d’administration, où se décide le destin des entreprises, sont vertes. Les terrains de sport sont souvent en vert.

Du fait de son ambiguïté, cette couleur a toujours inquiété. On a pris l’habitude de représenter les créatures maléfiques en vert : démons, dragons, serpents. Les petits hommes verts de Mars. Aujourd’hui les comédiens refusent toujours de jouer en vert, du fait de la légende de Molière qui serait mort vêtu d’un habit vert.

Pour obtenir le vert, on mélange le jaune et le bleu ; cette technique n’apparaît qu’au XVIIIe siècle. Avant la nature permettait de trouver cette couleur, et d’ailleurs on ne situait pas le vert entre le jaune et le bleu jusqu’au XVIIIe siècle, mais entre le rouge et le bleu. Les chimistes du même siècle ont établi une théorie où les trois couleurs primaires seraient le jaune, le bleu et le rouge, complétées par des couleurs complémentaires qui sont le vert, le violet et l’orange. Cette thèse a influencé grandement les artistes des XIXe et XXe siècles. Des peintres comme Mondrian l’ont banni de leurs œuvres.

Le vert est aussi devenu le contraire du rouge : la permission contre l’interdiction (feux tricolores). Cette idée s’est imposée dès 1800, quand il a fallu inventer une signalétique pour les bateaux.

Aujourd’hui, notre société fait de cette couleur un symbole de liberté, de jeunesse, de santé, ce qui aurait été incompréhensible pour un Européen de l’Antiquité, du Moyen-Âge, voire même de la Renaissance. Pour eux, le vert n’avait rien à voir avec la nature. Effectivement, jusqu’au XVIIIe siècle, la nature était surtout définie par quatre éléments : le feu, l’air, l’eau et la terre. Seul dans l’Islam primitif, on associait le vert à la nature : oasis, paradis étaient des synonymes de vert. On dit que le prophète Mohamet aimait porter des turbans ou étendard verts. De nos jours, le vert est associé à l’écologie, à la propreté, symbole de la lutte contre la saleté. On retrouve même cette couleur dans les clubs sportifs : le vert est très récent dans le monde du football. Le vert est aussi associé à la gratuité – numéro vert.

Le jaune :

Avant d’avoir de nos jours une mauvaise réputation, cette couleur était très appréciée dans l’Antiquité. Les Romaines en portaient pour des cérémonies et des mariages. En Asie et en Amérique du Sud, le jaune a toujours été valorisé. En Chine, il a été longtemps la couleur réservé à l’empereur. Il est associé au pouvoir, à la richesse et à la sagesse dans les sociétés chinoises. Mais il est vrai qu’en Occident, le jaune est la couleur que l’on apprécie le moins. Lorsqu’on demande à quelqu’un sa couleur préférée, elle vient en dernière position après et dans l’ordre le bleu, le vert, le rouge, le blanc, le noir et le jaune.

Au Moyen-Âge, ce désaveu du jaune vient de la concurrence avec l’or. La couleur dorée a absorbé les symboles positifs : le soleil, la lumière, la chaleur et donc symboliquement la vie, l’énergie, la joie et la puissance. L’or est vu comme une couleur brillante, luisante, éclairante et qui réchauffe. Le jaune, alors dépossédé de ces côtés positifs, est devenu une couleur éteinte, mate, triste, rappelant le déclin, l’automne, la maladie. Il a été aussi transformé en symbole de trahison, de tromperie, de mensonge.

Dans l’imagerie médiévale, le jaune est porté dans les traîtres : Judas est toujours en jaune dans l’iconographie anglaise, allemande et occidentale en général. Il est roux, portant une robe jaune et on le fait gaucher à partir du XIIe siècle : tous les mauvais attributs. On peint les maisons des faux-monnayeurs en jaune. Les maris trompés étaient encore caricaturés en costume jaune jusqu’au XIXe siècle. Ce côté purement négatif de cette couleur est encore aujourd’hui inexplicable. Le jaune est obtenu grâce à la gaude, sorte de réséda qui est aussi stable en teinture qu’en peinture, aussi bien que le sont les jaunes fabriqués à base de sulfures tel l’orpiment, le safran en teinture. Il est possible que la mauvaise réputation du souffre, qui provoque parfois des troubles mentaux, passe pour être diabolique, ait joué alors son rôle. Le jaune est presque absent de tous les textes médiévaux. Dans les livres de recettes de fabrication des couleurs, le chapitre sur le jaune est souvent le moins épais.

Déjà à la fin du Moyen-Âge, le jaune devenant la couleur des exclus, on invente l’étoile jaune. C’est en lien direct avec Judas, qui par la couleur de son vêtement lors de la trahison avec le Christ, transmet cette iconographie.

A la Renaissance, le jaune ne change pas de statut. Alors que dans les peintures pariétales, grecques, romaines, les peintres occidentaux des XVIe et XVIIe siècles malgré l’apparition du jaune de Naples utilisé par les peintres hollandais. Même constat pour les vitraux : au début du XIIe siècle, le jaune est présent, mais il laisse place très rapidement aux bleu et rouge. Cette dépréciation va durer jusqu’aux impressionnistes. (On songe aux champs de blé et aux tournesols de Van Gogh). Au XIXe siècle, c’est l’affirmation des trois couleurs primaires et par là-même le jaune est cette fois-ci valorisé – contrairement au vert.

Aujourd’hui, le maillot jaune dans le cyclisme a bonne réputation. Opération publicitaire au début lancé en 1919. Le logo de la Poste coloré en jaune ne date que de la deuxième moitié du XXe siècle. Avant, le service était associé aux Eaux et Forêts et donc le logo était vert. On voit parfois le jaune fait office de demi-rouge : le carton jaune au football. Autre raison du regain positif de cette couleur ces dernières décennies est lié au fait que certains européens tournent le dos à l’or, vu comme vulgaire et tapageur. Le vrai rival du jaune de nos jours est l’orangé, symbolisant la joie, la vitalité, la vitamine C.

Le noir :

Dans la Bible, le noir est irrémédiablement lié aux épreuves, aux défunts, au péché. Dans la symbolique des éléments, il est associé à la terre, donc des enfers. Le noir a aussi un côté positif : associé à l’humilité, la tempérance et à l’austérité. Celui porté par les moines s’est ensuite quelque peu transformé en noir de l’autorité : aujourd’hui, les juges, les arbitres, les voitures de chefs d’Etats. Il existe aussi une distinction de nuances entre le noir brillant (niger en latin) et le noir mat (ater). Pour l’obtenir, il ne suffit pas de mélanger toutes les couleurs, car en réalité on obtient une sorte de gris. Le noir est difficile à avoir. Il n’est pas très stable. Ce qui explique pourquoi jusqu’à la fin du Moyen-Âge, dans les peintures, on ne le trouve que sur des petites surfaces. C’est en Italie que l’on voit une évolution des techniques d’obtention de cette couleur fin XIVe siècle, tout d’abord dans les soieries, puis dans les étoffes de laine. A la jonction médiévale-Renaissance, le noir devient la couleur de l’habit des ecclésiastiques, des princes. (Luther, Charles Quint). A partir du XIXe siècle, on utilise des couleurs de synthèses extraites du charbon ou du goudron. Mais le noir ne revêt pas toujours quelque chose de mortuaire. En Asie, le deuil est porté en blanc. (Clarté, lumière de l’au-delà). En Occident, le défunt retourne à la terre, redevient cendres, il part donc vers le noir. Chez les Romains, les vêtements lors d’un deuil était gris, couleur de la cendre.

Le noir est évocateur des années pirates aussi, où leur drapeau est de cette couleur. Il a ensuite été repris par les anarchistes au XIXe siècle.

Le contraste noir – blanc n’a pas toujours été. On opposait volontiers le noir au rouge, surtout en Orient. Le jeu d’échecs est en exemple : lorsqu’il apparaît en Inde vers le Vie siècle, il était composé de pièces noires et de pièces rouges. Vers l’an Mille, quand le jeu est apparu en Occident, on utilise des pièces blanches et rouges. C’est seulement à la Renaissance qu’on passe au couple actuel : blanc-noir.

Le noir est-il une couleur ? Tant que l’on pensait que la couleur était matière, le noir en était une ; mais dès lors que nous sommes passé à la théorie de la couleur comme lumière, le noir n’avait plus apparemment sa place : le noir n’est-il pas l’absence de couleurs ? Aristote classait les couleurs comme cela : blanc, jaune, rouge, vert, bleu et noir. Lorsque Newton établit un continuum des couleurs, on obtient la liste suivante : violet, indigo, bleu, vert, jaune, orangé et rouge ; excluant alors pour la première fois le couple blanc-noir. A partir du XVIIe siècle, ils semblent exclus. Au XIXe siècle, c’est le monde qui n’est pas coloré. La photographie, la télévision et le cinéma au début étaient bichromes : cela nous a familiarisé avec le blanc opposé au noir.

Aujourd’hui, les scientifiques, d’un côté, les artistes, de l’autre, reconnaissent finalement que le noir est comme le blanc une couleur à part entière. Et maintenant que la couleur est omniprésente, c’est le noir et blanc qui devient révolutionnaire.

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