Le cœur d’Henri II Plantagenêt

Observations sur une relique possédée autrefois par le musée d’Orléans

Le cœur d’Henri II Plantagenêt – Alexandre Pommier – 1917

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En feuilletant d’anciens registres des délibérations du Conseil municipal de notre ville et y cherchant tout autre chose, notre attention se porta sur une Délibération du 19 mai 1857 concernant le « cœur d’Henri II ». M. Le maire M. Eugène Vignat y exposait que le musée d’Orléans possédait le cœur de Henri II, roi d’Angleterre, mort à Chinon en 1189 et enterré à Fontevrault. Ce cœur, renfermé dans une boîte de plomb a pendant la Révolution été enlevé de son urne funéraire. Monseigneur Gillis, évêque d’Édimbourg, instruit de ce fait, a manifesté le désir de rendre cette précieuse relique à son pays. Le Maire demandait donc au conseil l’autorisation de la lui remettre pour être par lui offerte au gouvernement anglais au nom de la ville d’Orléans.

« Cœur de Henri II, roi d’Angleterre, inhumé dans l’église du monastère de Fontevrault,

arraché de son urne pendant la Révolution de 1793, sauvé de la destruction par M. Cretté ».

Catalogue des Antiquités et Curiosités p90, n°83, musée d’Orléans.

L’année suivante, sur les registres, le cœur n’y figure plus. Le musée reste muet sur cette délivrance de la relique au prélat Écossais. Question d’actualité si on veut bien se rappeler que récemment la Presse prêtait à notre Gouvernement la velléité, à l’exemple de Napoléon III qui l’eut effectivement en 1867, de céder à l’Angleterre les monuments funéraires des Plantagenêts, subsistant à l’ancienne abbaye de Fontevrault.

En 1887, la supérieure du Couvent des Ursulines de Sainte Marguerite à Édimbourg, ayant lu dans la Vie de Mgr Dupanloup, par M. L’abbé Lagrange, qu’en 1857 le panégyrique de Jeanne d’Arc avait été prononcé à Orléans par Mgr Gillis, évêque d’Édimbourg, et qu’à cette occasion le cœur de Henri II lui avait été offert pour être restitué au gouvernement britannique, écrivit à l’auteur de l’ouvrage pour lui demander des renseignements à ce sujet. Voici la lettre écrite par M. l’abbé Desnoyers :

« Cœur de Henri II, roi d’Angleterre.

Ce cœur, enseveli dans l’église de l’abbaye de Fontevrault, fut extrait de son tombeau à l’époque de 1793 lorsque l’église fut profanée par l’impiété révolutionnaire. Il tomba entre les mains d’un habitant qui le conserva avec soin dans sa boîte de plomb comme objet de curiosité. C’est à lui qu’il a été acheté par un habitant d’Orléans, M. Cretté, professeur d’écriture, demeurant rue Royale. Il avait formé un cabinet d’objets curieux et saisit l’occasion de l’augmenter en y plaçant le cœur de Henri II. Après la mort de M. Cretté, une partie de son cabinet fut racheté en 1825 par le Directeur du musée et le cœur royal fut au nombre des objets cédés par les héritiers. Il y resta exposé aux yeux des visiteurs jusqu’en 1857, où Mgr Gillis vint prêcher le panégyrique de Jeanne d’Arc ; il visita le Musée et le Directeur le lui ayant fait remarquer, il montra le désir de le faire rentrer en Angleterre. La Municipalité de la ville l’autorisa à l’emporter. Il lui fut donc remis ».

Orléans, le 19 mars 1888, Desnoyers, directeur du Musée historique.

Sur le désir du prélat, la ville le lui remit pour être offert au gouvernement anglais, que Lord Palmerston dirigeait alors. Le prélat s’acquitta de sa mission, mais il paraît qu’ayant demandé que le cœur fut enterré à Westminster, dans le caveau royal, avec une cérémonie religieuse, le Premier Anglais refusa de souscrire à cette condition. Mgr Gillis conserva donc personnellement la relique et la déposa dans sa chapelle d’Édimbourg, en attendant la construction qu’il projetait d’un autel votif à Saint Thomas Becket, la victime de Henri II, sous lequel il voulait la placer. Après la mort de l’évêque Mgr Gillis, la relique fut transférée dans la sacristie du couvent des Ursulines de sa résidence. Elle y demeura cachée du public.

Malgré cela, des doutes subsistent sur cette histoire. A en croire une lettre adressée à M. Desnoyers par certains professeurs d’archéologie d’Oxford et d’Édimbourg. A cette lettre, est joint la traduction française d’un article de John William intitulé Royal Hearts :

« Je me rappelle avoir vu, en 1828, au Musée d’Orléans, le cœur de Henri II, roi d’Angleterre, lequel, jadis, était conservé à l’abbaye de Fontevrault. Autant que je puis me rappeler, la boîte de plomb le renfermant se trouvait percée et à travers cette ouverture était visible un objet ridé. Il y a quelques années, cette relique royale fut remise par les autorités d’Orléans à Mgr Gillis, évêque d’Édimbourg, pour qu’il la présentât au gouvernement anglais. Mon principal but, en vous adressant cette note, est de vous exprimer ma persuasion qu’il n’est pas le cœur de Henri II, mais celui de Henri III. Henri II fut enseveli à Fontevrault, et l’histoire ne mentionne nulle par que son cœur fut embaumé et eût été conservé séparément de ses restes. Comme son corps fut enseveli dans l’abbaye, il n’y avait pas de raison particulière pour y tenir le cœur à part. Si le cœur avait été prélevé du corps, il aurait sûrement été envoyé en Angleterre.

Voici, dit Baker – historien anglais – 1568-1645 – comment il fut enseveli :

il était revêtu de ses habits royaux, la couronne sur la tête, des gants blancs aux mains, des bottes d’or aux jambes, des éperons dorés aux talons, un gros et riche anneau au doigt, le sceptre à la main, l’épée au côté et la figure découverte. Henri III fut enseveli à Westminster, et il y a des preuves incontestables que son cœur fut porté à l’abbaye de Fontevrault pour être conservé au monastère.

Décret de son fils Edward Ier, du 3 décembre 1291, rapporté dans Rymer volume II, p 533.

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Gisants d’Henri II Plantagenêt et d’Aliénor d’Aquitaine                                                                        Abbatiale de l’abbaye royale de Fontevraud

La dépouille de Henri II Plantagenêt inaugura donc à l’abbaye de Fontevrault la sépulture des Plantagenêts, où après lui les corps de cinq autres princes furent enterrés :

  • Richard Cœur de lion en 1199

  • Jeanne d’Angleterre, femme de Raymond VI de Toulouse en 1199

  • Aliénor d’Aquitaine en 1204

  • Isabelle d’Angoulême en 1246

  • Raymond VII de Toulouse, fils de Jeanne et de Raymond VI

  • Cœur de Henri III, fils d’Isabelle d’Angoulême.

Toutes ces sépultures demeurèrent intactes jusqu’en 1504. En cette année l’abbesse Renée de Bourbon, sous un prétexte de réforme, éleva dans l’église une clôture pour les nonnes et y transporta les effigies en même temps qu’elle troublait la disposition des sépultures cachées sous la pierre. En 1562, Les Huguenots ravagèrent l’Anjou et saccagèrent l’abbaye, puis en 1638, pour un motif de décoration de l’église, les tombes royales furent de nouveau bouleversées ; les effigies subsistantes, au nombre de quatre, furent réunies sous une même arcade et en une sépulture commune. Enfin, en 1793, la populace de la région s’acharna sur ces monuments vénérables comme pour détruire en eux les souvenirs du passé et des misérables fouillèrent les substructions dans l’espoir d’y découvrir des trésors cachés. C’est à cette occasion qu’à dut être découverte et volée l’urne funéraire.

«Les documents montrent clairement que le cœur est celui de Henri III et non de Henri II. Dans les deux cas, c’est une chose curieuse que le cœur d’un roi anglais, qui vivait au XIIIe siècle, soit arrivé à Édimbourg au XIXe siècle. Henri III fit tous ses efforts pour se rendre maître de l’Écosse. Quelle ironie de penser que son cœur, finalement s’y repose ».

Une autre lettre d’un professeur d’archéologie à l’Université d’Édimbourg – M. Hume Brown – Édimbourg le 17 février 1916

Source : Alexandre Pommier.

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