Entre mer et montagne, Perpignan et la Catalane se dévoilent

Ce matin-là, à peine extirpé de mon réveil, mes yeux s’ouvrirent sur un paysage frappant. Un environnement inégalable où nos pas nous ont conduits. Enfin nos pas … nos roues. 8h de route, la traversée de la moitié de la France, pour se retrouver accueilli par la Catalogne française, entre le pays de Cerdagne et du Roussillon, à la découverte du pays Perpignanais. Voici le point précis où commence toute notre épopée. De la ville de Perpignan aux côtes de la mer Méditerranée, de la frontière espagnole aux confins des Pyrénées, des découvertes architecturales à la dégustation de vignobles mondialement réputés, notre séjour dans le sud s’annonçait sous les meilleurs hospices. Ça vous tente ? Nous oui en tout cas et nous n’avons pas boudé notre plaisir. Récap’ sur nos 7 jours !

Vue depuis le monastère Saint Pierre de Rodes

Ici, le soleil vous donne rendez-vous. 10 mois d’ensoleillement garantis par an, autant vous dire que la crème solaire, les tongs, les chapeaux de paille et les shorts sont de mises. Riche d’un patrimoine exceptionnel, d’une nature luxuriante préservée dans son écrin entre Méditerranée et Pyrénées, la ville de Perpignan a été labellisée « Ville d’art et d’histoire ». Une marque de reconnaissance. Véritable « Centre du Monde » comme aimait le dire Salvador Dali, la région perpignanaise recèle de trésors, parfois accessibles, parfois cachés, parfois naturels, parfois culturels et quelques fois gustatifs. Une mise en bouche de notre balade : châteaux cathares, vignobles, randonnées, forteresses, plus beaux villages de France, bains chauds en montagne et paysages. Une expérience à vivre !

Orgues de l’Ille sur Têt

Première étape de notre voyage : direction le Palais des rois de Majorque. Situé en plein cœur de la ville de Perpignan, ce palais y trône fièrement. On trouve à l’intérieur d’innombrables traces de polychromies encore incrustées dans les murs, les sculptures et les chapiteaux. Fondé au XIIIe siècle, cet immense château fut le point d’orgue de l’éphémère rayonnement et puissance des rois de Majorque. Ses murailles, quant à elles, datent du XVIe siècle, œuvre à la fois françaises et espagnoles. Nous sommes littéralement subjugués par ce dédale de pièces, d’escalier, de renfoncement, d’architecture et d’histoire militaire.

En ce deuxième jour, nous avons poursuivi notre découverte en mettant le cap plein Sud. Comme une envie irrésistible de découvrir deux lieux emblématiques comme la belle Collioure et l’immanquable Banyuls-sur-Mer.

Petit port de plaisance, la crique de la belle Collioure abrite l’église Notre-Dame des Anges si remarquable et le château Royal protégeant la rade. Forteresse militarisée et de plaisance pour de nombreux rois, nous sentons ici l’influence espagnole et française qui a longtemps façonné le lieu. Le site prodigieux de par ses remparts, sa crique, ses eaux parfois tumultueuses et sa lumière si particulière, a longuement fasciné les artistes du XIXe et surtout du XXe siècle. Aujourd’hui, loin des préoccupations militaires, cette cité est devenue un havre de paix pour les touristes, se découvrant aux détours de ses ruelles, jetées et chaussées. Entre terre et mer, à Collioure, nous nous sommes promenés sur les traces du fauvisme, courant artistique de Derain et de Matisse.

« Le fauvisme est venu du fait que nous nous placions tout à fait loin des couleurs d’imitation et qu’avec des couleurs pures nous obtenions des réactions plus fortes. »

« La couleur surtout et peut être plus encore que le dessin est une bien belle libération. »

Matisse

Reprenons la voiture pour pousser notre trajet légèrement plus au sud, nous sommes allés visiter le vignoble des Caves des Templiers à Banyuls-sur-Mer. Parcelle de 15 km sur 5 km, aux portes de l’Espagne, le vignoble des caves des Templiers permet de concevoir des Banyuls et des Collioure de première qualité grâce à l’action conjointe des vignerons et des maîtres de chais qui se succèdent afin d’apporter leur savoir-faire au service d’un vin local à rayonnement mondial. Les vignes poussant sur ce sol de schiste, puisant leurs ressources à plus de 10-15 mètres de profondeur, apportent tout leur caractère aux cépages. Syrah, Grenache noir et Carignan pour donner des Banuyls et des vins rouge ; Marsanne, Grenache gris et blanc ainsi que le Roussanne permettent de faire naître des vins blancs secs de Collioure. C’est un élevage où la patience et le respect des produits sont de mises. En effet, il faut attendre au minima 3 à 8 ans pour déguster un vin des caves des Templiers à sa juste valeur. Tel un peintre qui compose des toiles à l’aide de sa palette, ici, le maître des chais assemble, rectifie, cherche encore pour proposer au public émérite ou amateur des vins de qualité grâce à ses différents combinaisons de cépages.

Profitant de ce patrimoine gustatif et reconnaissant l’immense travail que représente ce vignoble, nous en avons profité pour faire quelques achats afin de rapporter des vins typiques de cette contrée. [A recommander chaudement aussi les caves de Mas Amiel et de Collioure]

Au petit matin du troisième jour, nous nous sommes réveillés de bonne heure. Au programme 1h10 de route, 67 kilomètres pour atteindre un des lieux naturels les plus prisés de tout randonneur : les gorges de Caranxa. Entre rocs, passerelles, à-pics et corniches, le tout à fleur de falaises où se cachent de nombreux torrents, le frisson est garanti. Un circuit de randonnée balisé, sécurisé mais à faire avec prudence néanmoins. Ce célèbre passage, par lequel nous sommes passés, a été creusé dès 1943 afin de permettre d’alimenter l’usine hydroélectrique de Thuès. Cette balade nous a offert l’une des plus belle randonnée du Conflent. On doit bien vous avouer quelque chose. Comme on dit, après l’effort le réconfort. Un bon moment de détente nous attendait. Nous nous sommes prélassés dans les bains chauds de souffre, perchés dans une source, abrités du vent avec comme toile de fond les montagnes et rien que les montagnes. Un moment en suspens bien mérité.

Après la nature et ses bains chauds, en ce quatrième jour, nous prenons la direction des forteresses cette fois. Salses et Aguillar sont nos prochaines haltes. Plein nord, à seulement une vingtaine de kilomètres de Perpignan, une gigantesque forteresse, posée aujourd’hui au milieu de nulle part, longée au loin par une ligne de chemin de fer, verrouillait autrefois l’accès à la frontière franco-espagnole. Salses … bâtie par Francisco Ramiro Lopez au début du XVIe siècle, est située non loin des Corbières. Elle a été construite sur des sources afin de garantir l’accès à l’eau en cas de siège et d’attaque ennemie. La forteresse gardait également l’ancienne frontière, au même titre qu’Aguillar dans les montagnes. Elle est depuis 1642 la propriété des Français et fut dès 1691 remaniée par Vauban.

Plus au nord, nous avons décidé d’aller à l’assaut du château cathare d’Aguillar sur la commune de Tuchan. Nos jambes, encore bien échauffées par notre randonnée de la veille, nous avons gravi la colline pour atteindre les vestiges si romantiques de ce lieu si singulier. Entourée de vignes avec comme panorama le Canigou, à deux pas de la ville de Tuchan, ce château d’Aguillar est perché à plus de 267 mètres. Ici se lie patrimoine bâti et patrimoine œnologique. Du point de vue bâti, on peut distinguer, une fois gravi le sentier qui nous amène à la forteresse, deux enceintes circulaires différentes : la première érigée par les comtes catalan et les seigneurs de Carcassonne ; la deuxième édifiée par le royaume de France dès 1261. Elle fut ensuite abandonnée en 1659 peu après la signature du traité des Pyrénées qui déplaça la frontière à son emplacement actuel. Aguillar perd alors de son importance et de son intérêt. Site classé Monument Historique depuis 1949, l’ascension vaut le coup afin de toucher du doigt la fameuse histoire et légende des chevaliers cathares.

La Catalogne ne s’étend pas aussi de l’autre côté des Pyrénées ? Pour savoir ce qui se trame derrière la frontière, l’appel de l’Espagne étant trop fort, nous partons sur les traces de Dali et du monde religieux. Figueres et Rodes.

Sur la Costa Brava, Figueres semble tout droit sorti d’un livre pour enfant au vue de l’architecture de certains bâtiments. Etape incontournable pour les amoureux de Salvador Dali, nous avons redécouvert son univers passionnant mais aussi , heu, disons, assez « perché ». Cet artiste est né ici en 1904, et aujourd’hui il semble omniprésent, s’accaparant les rues de la ville. La patte du célèbre peintre à moustache enjolive cette cité au milieu de laquelle trône son imposant musée … inratable. Puriste de l’art ancien s’abstenir, bienvenue chez Dali où tout semble ne pas être ce qu’il semble. Une vraie démesure artistique forte appréciée.

Non loin de Figueres, nous sommes allés marchés dans les pas spirituels des moines du Monastère St Pierre de Rodes. De style art roman, bâti au XIe siècle, ce haut lieu religieux mélange aussi bien des éléments d’architecture préromane que carolingienne. Dominant l’océan, il est composé de l’église et de son clocher, des cellules monastiques, d’une salle à manger et du cloître. Abandonné en 1798 par les moines, le monastère fut classé Monument Historique en 1930. Aujourd’hui, il abrite le siège du parc naturel du cap de Creus. Ce site est impressionnant !

Le 6e jour fut celui des surprises, de l’inattendu et de l’émotion. Réellement. Ille sur Tet et Castelnou, entre nature et bâti, notre cœur a chaviré.

Grandiose… je ne vois que cela à dire. Site naturel balayé par les vents et la pluie, Ille sur Têt se révèle être un endroit remarquable, presque irréel tellement la beauté des lieux agit sur nous comme un ensorcellement. Paysage presque lunaire, tout droit sorti d’une peinture, ces orgues s’érigent telles des cheminées de fées dans cette plaine du Roussillon. A s’en méprendre, on se croirait en Turquie face aux paysages de l’Antalya. Même Prosper Mérimée s’est inspiré du lieu. Il est venu chercher l’inspiration pour sa fameuse « Vénus d’Ille ». L’érosion de ces géants de sable, jour après jour depuis 4 millions d’années, nous offre aujourd’hui une balade à couper le souffle. Personne ne peut être indifférent face à un tel théâtre naturel. Juste « Hors du commun ».

D’une nature préservée à un plus beau village de France, il n’y a que quelques kilomètres. Castelnou – signifiant nouveau château – a été classé parmi les plus beaux villages de France. Cette perle de Catalogne se trouve à seulement 20 km au sud ouest de Perpignan, au pied des Aspres, à quelques encablures du Mont Canigou. Ce village est dominé par le château vicomtal d’où l’accès se fait par des ruelles escarpées à souhait. Cela lui donne charme, authenticité et dépaysement. Calé sur son roc, arpenter ces ruelles sinueuses et étroites par moment se méritent afin de découvrir ça-et-là des traces intrigantes. Des nombreux boulets de canons posés sur des murets rappelant ainsi les combats médiévaux à coup de trébuchets que la ville a subi, aux nombreuses marques dans la pierre, en passant par une excroissance dans un mur se révélant être un four à pain ; les surprises sont légions. Entre 1285 et 1559, ce village fut l’objet de convoitise des rois de Majorque, défendu par ses seigneurs locaux, ce qui explique les boulets d’armes de siège présents partout dans la ville.

Pour compléter notre tableau de maître, notre voyage n’aurait pas pu être abouti sans un passage plus à l’ouest pour découvrir Eus et Villefranche-de-Conflent.

Entre vallée de Conflent et le mont du Canigou, Eus est un endroit grandiose. Ayant été le théâtre des guerres entre Français et Espagnols, c’est aujourd’hui un lieu paisible. Cette ancienne citadelle offre terrasses et nature luxuriante pour le plus grand plaisir des visiteurs et des touristes.

Villefranche-de-Conflent est une pépite, classé aussi plus beaux villages de France. Nous avons découvert les remparts et la tour de la Viguerie du XIe siècle édifiés par le comte de Cerdagne. Les fortifications qui l’entourent datent du XVIIe siècle et sont l’œuvre du célèbre ingénieur de Louis XIV, Vauban. Quant au joyau – le Fort Libéria – il se dresse fièrement, accolé à son éperon et fut récemment classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Il a été construit en 1681 et fortifié par Napoléon III. Cette sentinelle perchée dans un cadre époustouflant, verrouille la région entre la Cerdagne et le Roussillon. Il veille sur son village qui se déploie à ses pieds. D’ailleurs pour revenir dans la vallée, il a fallu emprunter le fameux « souterrain des 1000 marches ». Avis aux sportifs, cela fait les cuisses. Une fois redescendu, dans les nombreuses ruelles du village, nous avons pu voir des échoppes et des artisanats d’art. C’est ici aussi que se trouve le départ pour le petit train jaune, emblème par excellence de la région.

Nous nous sommes laissés charmés par les saveurs, les senteurs et les couleurs de ce territoire sans commune mesure. Un endroit singulier, une région attachante où nous ont été dévoilés quelques secrets des richesses catalanes. Foncez dans les Pyrénées Orientales cet été. (#cetetejevisitelafrance).

Côte de Vermeille

Johnatan Savarit

D’autres articles précédemment écrit sur la région des Pyrénées Orientales :

Collioure —> https://1001patrimoines.com/2020/06/23/collioure-la-belle/

Abbaye Saint-Martin-du-Canigou —> https://1001patrimoines.com/2013/11/04/abbaye-de-saint-martin-du-canigou-66-pyrenees-orientales/

Côte de Vermeille

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